Filière goélettière
Reconnaissances écologiques des aires forestières dans le Menabe sud en vue d'une délimitation de nouvelles aires protégées

Par : H. Thierry F. RASATATSIHOARANA Juin 2007
Remerciements
Nous adressons un remerciement chaleureux à toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont permis la réalisation de ce travail. Nous manifestons particulièrement notre reconnaissance à :
Mme Venty Odile, Directrice du Parc National Kirindy - Mite ;
Mr Mark Fenn, Conseiller technique WWF-ANGAP;
Mr Frédéric Macquet, Directeur Général de l'association TRANSMAD,
sans lesquels ce travail aurait pu être aléatoire.
Notre plus vif remerciement s'adresse également à Mr Jean Michel RAKOTONANDRASANA pour son aide et pour la bienveillance avec laquelle il a suivi de près le travail de terrain et à Mr Tsiry Tahina RANDRIANANJATSOA pour ses efforts, son courage et sa bravoure malgré toutes les difficultés que nous avons pu rencontrer.
Nous remercions tous ceux qui, à un moment ou à un autre, se sont intéressés à ce travail en y apportant leur appui et leur participation. Nous pensons aux personnels de l'Association TRANSMAD, de l'ANGAP Morondava, aux personnels de la CIREEF Morondava, et aux personnels du Cantonnement forestier de Manja.
Nous n'oublions pas tous ceux qui, guides, propriétaires de charrette, propriétaires de pirogue, et cuisinières ainsi que leurs familles, ont accepté de nous consacrer du temps malgré les impératifs de leurs activités.
Il nous reste à présent à remercier vivement les Maires de la Commune rurale respectivement Befasy, Belo sur mer, Soaserana et Andranopasy qui nous ont donné la
permission de travailler dans leur territoire.
SOMMAIRE
I- INTRODUCTION
I-1. Contexte général et problématiques
I-2. Objectif global
I-3. Objectifs spécifiques
II- REGION DU MENABE SUD : DESCRIPTION GENERALE DU MILIEU
II-1. Information générale
II-2. Milieu physique
II-2-1. Relief et topographie
II-2-2. Hydrographie
II-2-3. Pédologie
II-2-4. ClimatII-3. Milieu humain et social
II-3-1. Population et démographie
II-3-2. Principales activités
II-3-3. L'agriculture
II-3-4. L'élevage
II-3-5. La pêche
II-3-6. L'exploitation forestièreII-4. Milieu biologique
II-4-1. Faune
II-4-1-1. Mammifères
II-4-1-2. Micromammifères
II-4-1-3. Chéiroptères
II-4-1-4. Oiseaux
II-4-1-5. Reptiles et amphibiensII-4-2. Flore
II-4-3. Végétation
II-4-3-1. Mangroves
II-4-3-2. Forêt des dunes littorales et forêt dense sèche semi caducifoliée
II-4-3-3. Savanes arborées (Monto)
III- METHODOLOGIE DE TRAVAIL
III-1. Méthodes d'investigation
III-1-1. Recherche participative
III-1-2. Etude sylvicole
III-1-2-1. Objectif et principe
III-1-2-2. Relevés de la végétation
III-1-2-3. Mesures de grosseur (diamètre ou circonférence)
III-1-2-4. Mesures de hauteurIII-2. Méthodes d'analyse
III-2-1. Etude cartographique
III-2-2. Analyse sylvicole
III-2-2-1. Analyse structurale
III-2-2-2. Analyse de la régénération naturelle
III-3. Equipes et Matériels
III-4. Contraintes et limites du travail
III-4-1. La recherche participative
III-4-2. L'inventaire forestier
III-4-3. Contraintes liées à l'identification des espèces
IV- RESULTATS : ANALYSES, INTERPRETATIONS ET DISCUSSIONS
IV-1. Analyse structurale des massifs forestiers dans le menabe sud
IV-1-1. Structure floristique
IV-1-1-1. Composition floristique
IV-1-1-2. Diversité floristiqueIV-1-2. Structure spatiale
IV-1-2-1. Structure horizontale
IV-1-2-2. Analyse verticaleIV-1-3. Analyse de la régénération naturelle
IV-1-4. L'index PHF
IV-1-4-1. Position du houppier (P)
IV-1-4-2. Forme du houppier (H)
IV-1-4-3. Forme du fût (F)
IV-2. Pressions et menacesIV-2-1. Défrichement
IV-2-2. Surexploitation des ressources forestières
IV-2-3. Les feux (feux de brousse, feux de végétation, feux de nettoiement)
IV-2-4. Envahissement de l'espèce Zizyphus mauritiana
IV-2-5. Layons pétroliers ou layons américains (Lalam-bazaha)
V- RECOMMANDATIONS
V-1. Transfert de gestion : GELOSE ou GCF ?
V-1-1. La Gestion Locale Sécurisée (GELOSE)
V-1-2. La Gestion Contractualisée des Forêts (GCF)
V-2. Gérer d'une façon rationnelle l'exploitation des ressources forestièresV-3. Education environnementale : apprendre pour agir, savoir pour préserver
VI- CONCLUSION
VII- BIBLIOGRAPHIE
I- INTRODUCTION
I-1. Contexte général et problématiques
La biodiversité de Madagascar est raisonnablement reconnue partout dans le monde.Le pays possède un niveau d'endémisme tout particulier et est l'un des très rares endroits où des espèces nouvelles sont encore découvertes même parmi les oiseaux et les mammifères. La flore est estimée actuellement à 14 000 plantes dont 350 sont inclus dans la liste rouge de l'IUCN, et présente un important taux d'endémisme estimé à 80 à 86% ; la faune est estimée à 3 400 espèces avec un taux d'endémisme estimé à 90%, et comprend des formes archaïques et des formes qui sont liées à la diversité des habitats naturels (MINENVEF et PNUE, 2005).
Mais cette biodiversité unique tend désormais à être considérée comme une ressource économique, ce qui a généré une multitude d'enjeux et de conflits liés à sa conservation, son accès et son appropriation, c'est-à-dire à la valeur qu'elle génère. Malgré les efforts éployés par les divers acteurs (Etat, projets de conservation, population riveraine), Madagascar reste toujours un pays confronté à de fortes pressions sur ses ressources forestières. L'effet conjugué de facteurs socio-économiques, des modes de mise en valeur agricole et pastorale et des méthodes d'exploitation forestières, des feux de végétation jusqu'aux exploitations irrationnelles, provoque une déforestation importante.
La superficie des forêts a largement régressé actuellement. En 2000, la superficie de forêt défrichée était de 28 464 ha, la superficie de forêt brûlée en 2002 avait atteint 15 572 ha, avec toutes les conséquences liées à l'érosion, l'envasement des mangroves (MINENVEF et PNUE, 2005).Par conséquent une perte considérable des ressources naturelles risque de porter atteinte à la survie des espèces et à l'équilibre des écosystèmes (Madagascar CAMP, 2002). Le pays subit aujourd'hui une véritable spirale de dégradation de ses ressources naturelles (ANGAP, 2003 ; Muttenzer, 2000). Une telle tendance pose un problème dont la gravité apparaît au niveau du maintien de la biodiversité.
Actuellement, Madagascar parie réellement sur sa biodiversité dans la lutte pour la réduction de la pauvreté et le développement durable. Ainsi, en septembre 2003, lors du 5ème Congrès Mondial sur les Parcs, Durban, Afrique du Sud, le Président Ravalomanana a démontré la volonté politique de l'Etat à protéger l'Environnement en triplant la surface des Aires Protégées existant à Madagascar pour atteindre une surface de 6.000.000 ha dans les cinq ans à venir, et en référence aux catégories des aires protégées de l'UICN. C'est à cause de sa vision et de son engagement exemplaire que Madagascar est aujourd'hui considéré comme exemple parmi les pays qui ont souscrit à la Convention sur la Diversité Biologique.
Cette annonce offre également un fort et concret espoir de pouvoir mettre un coup d'arrêt à la perte de biodiversité et assurer à Madagascar le maintien de son patrimoine naturel irremplaçable.
Planifier la croissance des aires protégées jusqu'à 6 millions d'hectares constitue un des engagements globaux de conservation les plus importants de cette décennie. Ceci place Madagascar à l'avant-garde des efforts mondiaux de conservation, selon les indications du Programme de Travail sur les Aires Protégées de la Convention sur la Diversité Biologique et selon le Plan d'Action de l'UICN approuvé par le Congrès Mondial des Aires Protégées de Durban.
Dans ce cadre de la Vision de Durban en 2003 et du PE III et en raison de l'importance d'augmenter la superficie des Aires Protégées existantes, le PNM-ANGAP a comme programme de faire une extension du PN Kirindy Mite. Les forêts, citées ci-dessous,
semblent être encore dans un relatif bon état et pourront faire l'objet de mesures d'accompagnement mises en oeuvre par les autorités locales et les pouvoirs publics (CIREEF et ANGAP) avec le consentement de la population locale, notamment d'être intégrés au PN ou encore, de faire l'objet de transferts de gestion. Ces forêts concernent surtout :
La forêt au Nord de la rivière d'Ankotoba appelée Marokisena ou forêt d'Androtsy (Commune rurale de Befasy) ; La forêt entre Belo sur mer et Ambararata/Ankevo appelée Ambivy sur la côte (forêt domaniale d'Ambararata, Commune rurale de Belo sur mer) ; Les forêts au sud du parc qui sont : la forêt d'Ampisoronantany ou Ankitrelimbio, d'Andalandaka, d'Ambatovanda et de Bekoaka (Commune rurale de Soaserana) La forêt d'Amparehitsy y compris les localités des aires forestières connues sur la carte FTM comme : Tsaripioky, Amponitelo, Ankoabe, Bevato, Besely, Ambatolalaky, Ambaovy et Analasarotry (Commune rurale d'Andranopasy).I-2. Objectif global
Pour tout changement de limite d'une AP, plusieurs étapes sont nécessaires dont des connaissances approfondies des futures extensions. Le présent travail vise particulièrement à conduire une reconnaissance écologique de certaines forêts dans le Menabe Sud en vue des propositions pour :
les aires à intégrées dans les futurs limites et/ou parcelles du PNKMT ; les aires qui devront faire l'objet d'un Transfert de Gestion des Ressources Naturelles (TGRN).
I-3. Objectifs spécifiquesLes objectifs spécifiques à atteindre qui découlent de cet objectif général sont donc de :
Connaître la qualité de la forêt: composition, structure, état; Savoir la mode de gestion actuelle des forêts: menaces, pressions et enjeux Connaître la perception paysanne (appuyée par des procès verbaux) sur les modes de gestion antérieure des forêts (propositions de limites pour le futur TGRN et PN)
DESCRIPTION DE LA REGION DU MENABE SUD
II- REGION DU MENABE SUD : DESCRIPTION GENERALE DU MILIEU
II-1. Information générale
Les massifs forestiers faisant l'objet de cette étude sont compris dans les Communes rurales de Befasy et de Belo sur mer (sous-préfectures de Morondava), CR de Soaserana et d'Andranopasy (sous-préfectures de Manja). La zone d'étude est comprise entre le fleuve Maharivo au nord, la limite de la CR de Befasy et de Soaserana à l'est, le fleuve Mangoky au sud et le canal de Mozambique à l'ouest (carte 1).
Géographiquement cette zone est située entre :
- au nord : 20° 32' de latitude Sud ;
- à l'est : 44°11' de longitude Est ;
- à l'ouest : le Canal de Mozambique ;
- au sud : 21° 32' de latitude Sud.
Ces massifs forestiers ont le statut de forêt domaniale (à l'exception de Kirindy et de Mite qui ont le statut de Parc National) et sont sous la responsabilité de la circonscription de l'environnement, des eaux et forêts (CIREEF) de Morondava.
II-2. Milieu physique
II-2-1. Relief et topographie
Aucune terre ne se trouve à plus de 250m d'altitude dans cette zone d'étude. Le terrain à l'intérieur des terres est vallonné avec plusieurs crêtes et collines atteignant 100 à 200m. L'érosion intense sous forme de ravines (lavaka), caractéristiques des hautes terres de Madagascar est rare. Les jeunes dunes non consolidées situées à proximité de la côte culminent à 20m tandis que les plus anciennes qui sont plus consolidées et qui sont situées un peu plus à l'intérieur des terres dépassent 40m (Institut Géographique National, 1962). Les pentes sont faibles à nulles, sans aucune rupture apparente et présente dans ce sens une topographie plane.

II-2-2. Hydrographie
La région distingue deux types de cours d'eau :
- Les cours d'eau permanents ou grandes fleuves : Maharivo et Mangoky qui se déversent dans le canal de Mozambique au niveau du village respectivement Manometinay et au sud d'Andranopasy.
- Les cours d'eau temporaires ou oueds qui ne coulent qu'après les fortes pluies des saisons pluvieuses : il s'agit de la rivière de Lampaolo, de Maintapaky et de Tsianihy qui collectent les eaux de ruissellement de bassins versants du Massif de Makay avant de se diriger vers la mer. En réalité, ces rivières se perdent en profondeur et gagnent la mer par inferroflux, un phénomène qui s'accentue lorsqu'on se rapproche du littoral.
II-2-3. PédologieLa grande majorité des sols observés dans la région de Morondava appartiennent à la classe des sols ferrugineux. Selon Randriamboavonjy J.C. en 1996, les sols peuvent être classés en trois grandes catégories :
- Les sols sur glacis conservés comprenant les sols rouges et les sols jaunes ferrugineux non lessivés, les sols jaunes ferrugineux à concrétions sur faibles pentes, les sols hydromorphes à caractères vertiques ou vertisols et les sols sur grès ;
- Les sols en bordures des rivières secondaires ou oueds secondaires. On y observe des sols hydromorphes à caractère vertique situés à l'aval en bordure du ravin, des sols ferrugineux enrichis en argile, des sols ferrugineux lessivés sur grès et
- des sols ferrugineux lessivés intergrade podzolique ;
- Les sols dans les vallées et bordures de vallées.
II-2-4. ClimatNotre zone d'étude est caractérisée par un climat tropical sec avec une courte mais intense saison des pluies en été et des températures avoisinant 24°C en moyenne. Aucune donnée climatique à long terme n'est disponible pour la zone d'étude, par contre, on en trouve dans les grandes villes. Morombe étant la station la plus proche de plus de 80% des massifs forestiers faisant l'objet de ce travail, et on présume donc que leur climat y sera similaire.
Nous avons utilisé uniquement les données du district de Morombe s'étalant sur une période de trente ans (1961-1990).

D'après Walter et Lieth en 1967, un mois est écologiquement sec quand la pluviosité (P) exprimée en millimètres est inférieure au double de la température (T) exprimée en degrés Celsius, humide quand P=2T et perhumide quand P=2T et P>100 mm.
On distingue dans ce cas trois périodes bien distinctes :
Une longue saison sèche d'avril à fin novembre durant laquelle les précipitations moyennes mensuelles varient autour de 2 à 18,8 mm Une période humide correspondant à P = 2T. Cette période est observée à partir du mois de décembre jusqu'au mois de mars Une très courte saison perhumide correspondant à P = 2T et P>100 mm. Cette période concerne le mois de janvier et le mois de février.
La pluviométrie moyenne annuelle est de 473,2 mm repartie en 37 jours. Les mois les plus humides sont ceux de janvier et de février, tandis que les plus secs sont ceux de juillet, d'août et de septembre.
Pour les températures, elles sont généralement élevées; les plus fortes se manifestent en saisons pluvieuses et les plus faibles en saisons sèches. La température moyenne maximale est de 27,3°C observée aux mois de janvier et de février tandis que la température moyenne minimale est de 20,8°C enregistrée en juillet, soit une amplitude thermique de 6,5°C.
II-3. Milieu humain et social
II-3-1. Population et démographie
Les habitants originaires de la côte occidentale de Madagascar depuis le fleuve Mangoky jusqu'au nord appartiennent tous au groupe ethnique Sakalava. La région reste une ancienne zone de migration de population formée essentiellement de Korao ou Antesaka et d'Antandroy (en grand nombre dans la région du Menabe et ce depuis des temps anciens), des Bara, des Betsileo, des Merina et des Sihanaka.
Parmi les Sakalava du Menabe, il faut distinguer les Sakalava Vezo qui vivent sur le littoral (andriaky) s'adonnant à la pêche et à toute activité liée à la mer, des Sakalava Masikoro qui vivent à l'intérieur des terres (antety) pratiquant l'élevage et l'agriculture.
Source : PCD Andranopasy, Befasy, Belo sur mer et Soaserana
Tableau 1 : Répartition de la population dans la zone d'étude Communes Nombre d'habitants Sexes
Densité
(hab/km²)Males Femelles Andranopasy (2005) 12.135 6.850 5.285 4,41 Befasy (2006) 22.180 9.899 12.281 2,86 Belo sur mer (2004) 8.945 4.228 4.717 5,38 Soaserana (2004) 10.850 5.462 5.388 6,00 Total 54.110 26.439 27.671 4,66 Dans la zone d'étude, on estime la population totale à 54.110 habitants, soit une densité moyenne de 4,66 habitants/km², quatre fois plus faible que la moyenne de Madagascar.
II-3-2. Principales activités
La région dispose d'un potentiel en ressources naturelles très important se caractérisant par une immense superficie cultivable et des milieux naturels diversifiés favorables aux différents types d'activités. En ce sens, les activités principales de la région sont multiples : l'agriculture, l'élevage bovin et l'exploitation forestière pour les populations vivant à l'intérieur des terres ; la pêche en mer, en lagune ou en embouchure et à toute activité liée à la mer pour les populations côtières.
II-3-3. L'agriculture
Trois modes d'agriculture sont pratiqués dans le Menabe. Il s'agit de la culture brûlis forestier, pratique culturale la plus ancienne, de la riziculture irriguée et des cultures de décrue sur Baiboho.
La technique du brûlis ou « hatsaky » concerne essentiellement la culture du maïs dont la production est destinée à l'autoconsommation et à la vente sur les marchés locaux, et de l'arachide. La culture du riz est pratiquée le long des vallées. La production rizicole est soumise aux contraintes hydriques de la région (sécheresse, crues ravageuses, divagation des cours d'eau...). Le pois du Cap, le manioc et la patate douce sont cultivés en décrue, c'est à dire sur les terrasses alluviales des fleuves et rivières périodiquement inondés, que la population autochtone désigne sous le nom de « baiboho ». Cette agriculture de décrue n'occupe qu'une place secondaire dans le système de production Sakalava par rapport au Hatsaky. Les pois du Cap et la patate douce font en tout cas l'objet d'une commercialisation non négligeable.
II-3-4. L'élevage
L'omniprésence de la forêt plus ou moins éclaircie et de la savane favorisent l'élevage bovin extensif dans toute la région. La possession de zébus est d'une grande importance culturelle (signe de richesse et de respect) pour les Sakalava. Les familles importantes et prospères peuvent en posséder plus de centaine. En effet, l'éleveur Sakalava cherche à posséder le plus de zébus possible, non pour obtenir d'importants revenus monétaires, mais pour asseoir sa situation sociale. La vente de boeufs ne constitue pas une démarche classique, elle a cependant lieu en cas de besoins monétaires urgents.
II-3-5. La pêche
La pêche est une activité de toutes les populations côtières. Cependant, elle n'est pas pratiquée selon la même intensité : certains sont pêcheurs à plein temps, d'autres, matelots, pêchent lorsqu'ils ne naviguent pas. Les activités de la pêche concernent essentiellement le ramassage des crustacés (crabes et crevettes) sur l'estran ou dans les chenaux, et la pêche de l'ichtyofaune pratiquée en haute mer.
Les produits de la pêche sont destinés à la consommation familiale et à la vente aux villages mais les grosses prises sont, dans la plupart du temps, réservées aux collecteurs de passage.
Pêche et autre activité liée à la mer, en particulier les activités goélettières, apportent des revenus assez conséquents aux Sakalava Vezo de la région. Ces rentrées d'argent leur permettent d'acheter au marché du village, auprès des Sakalava Masikoro, du maïs, du riz, nécessaires à leur alimentation, et autres produits de première nécessité.
II-3-6. L'exploitation forestière
Une interface intensive caractérise les relations entre les populations villageoises et les formations forestières. La forêt constitue une source permanente de diverses matières indispensables dans la vie quotidienne de la population locale. Les paysans riverains y exploitent les bois selon leur besoin : bois de construction, bois de cercueil, bois de chauffe, bois pour les divers enclos, bois pour la fabrication de charrettes, de pirogues et de goélettes. L'exploitation des ressources forestières contribue également à l'économie de la région du fait que les produits exploités sont vendus au marché local ou au marché des grandes villes voisines (Morondava, Manja et Morombe).
II-4. Milieu biologique
II-4-1. Faune
Les espèces citées dans cette partie sont issues du Tableau de Bord Environnemental (TBE) de la région du Menabe en 2004.
II-4-1-1. Mammifères
La région du Menabe est riche en espèces de lémuriens citons Avahi occidentalis, Eulemur fulvus rufus (Variky), Lemur catta (Maky ou Hira) des espèces appartenant à la famille des Lemuridae, Lepilemur ruficaudatus (Boengy, Lepilemuridae), Microcebus murinus (Tsidy), Microcebus berthae (Tsidy), Mirza coquereli (Titilivahy) et Phaner furcifer pallescens (Tanta) dans la famille des Cheirogaleidae et Propithecus verreauxi verreauxi (Sifaka, Indridae). Cette dernière est facile à observer (photo 1) dans la forêt de Bedaba (Befasy) malgré la destruction de son habitat par la pratique du « Hatsaky » ou défrichement.
La forêt du Menabe abrite également des mammifères carnivores comme Cryptoprocta ferox (Fosa, Viverridae), Mungotictis decemlineata decemlineata et Mungotictis decemlineata lineata (Bokiboky, Herpestidae)
Photo 1 : Propithecus verreauxi verreauxi (Sifaka, Indridae)
(Source auteur)
II-4-1-2. Micromammifères
Les petits mammifères sont représentés par la famille des Tenrecidae comprenant les espèces Echinops telfairi et Setifer setosus (Tambotriky), Geogale aurita (Batiko), Microgale brevicaudata, Microgale longicaudata et Tenrec ecaudatus (Tandraky) ; la famille des Soricidae représentée par l'espèce Suncus madagascariensis, et la famille des Muridae représentée par les espèces Eliurus myoxinus (Voalavon'ala), Macrotarsomys bastardi (Kelibotra) et une espèce Hypogeomys antimena (Vositse, Sous famille des Nesomyinae) ou Rat géant qui est endémique locale. Cette espèce est classée gravement menacée selon la liste rouge de l'UICN en 2004 (photo 2).
Photo 2 : Hypogeomys antimena
(Source : Internet)
II-4-1-3. Chéiroptères
A part les lémuriens, les mammifères carnivores et les micromammifères, la région de Menabe est riche en mammifères volants comme Eidolon dupreanum et Pteropus rufus (Fanihy, Pteropodidae), Hipposideros commersoni commersoni (Kapity, Hipposideridae) et Tadarida leucostigma (Molossidae)
II-4-1-4. Oiseaux
La région de Menabe, bien qu'elle subisse les différentes pressions, héberge des espèces endémiques d'oiseaux entre autre Anas bernieri (Mireha, Anatidae), Mesitornis variegata (Agolinala, Mesitornithidae) et Haliaeetus vociferoides (Ankoay, Accipitridae) ou Pigargue de Madagascar considéré comme l'un des plus rares rapaces au monde.
Photo3 : Anas bernieri (Source : Internet)
Photo 4 : Mesitornis variegata (Source : Internet)
Photo 5 : Haliaeetus vociferoides (Source : Internet)
II-4-1-5. Reptiles et amphibiens
Dans la région du Menabe, les reptiles sont variés et hétérogènes. Les espèces endémiques sont représentées par la famille des Boidae (Acrantophis dumerili, Sanzinia
madagascariensis), la famille des Pelomedusidae (Erymnochelys madagascariensis), la famille des Chameleonidae (Furcifer antimena et Furcifer labordi), la famille des Colubridae
(Langaha alluaudi et Stenophis citrinus), la famille des Gekkonidae (Phelsuma standingi) et la famille des Testudinidae (Pyxis planicauda). A noter que les reptiles sont très sensibles aux
défrichements du fait qu'ils se déplacent lentement.Les amphibiens malgaches sont représentés uniquement par les grenouilles qui font partie de l'ordre des Anura. Les espèces les plus particulières sont celles qui appartiennent aux genres Mantella et Mantidactylus de la sous-famille des Mantellineae. Une espèce Mantella expectata (photo) est endémique.
Photo 6 : Mantella expectata (Source : Internet)
II-4-2. Flore
La forêt dense sèche de l'ouest se distingue des autres forêts existant à Madagascar par des formations à feuilles caduques et sa flore spéciale désignée par Koechlin et al. en 1974
sous le nom de « Flore sous le vent ». Une longue liste d'espèces rencontrées dans la forêt du Menabe est présentée en annexe. On remarque une absence d'un certain nombre de taxons caractéristiques de la région orientale. Au niveau familial, par exemple, nous noterons l'absence de la famille des Myristicaceae, Iridaceae, Phytolaccaceae, Ericaceae, Myricaceae, Apiaceae (ancienne famille des Umbelliferae), Sarcolaenaceae, Araliaceae, et la rareté des Ptéridophytes. On rencontre cependant des espèces caractéristiques des forêts denses humides comme Pandanus sp appartenant à la famille des Pandanaceae.La famille des Euphorbiaceae, Apocynaceae, Fabaceae, Malvaceae, Tiliaceae et Asclepiadaceae sont très abondantes. Les palmiers sont rares et représentés seulement par deux espèces : Bismarckia nobilis et Borassus madagascariensis.
II-4-3. Végétation
Dans le Menabe Sud, entre la mer et les premiers reliefs de l'intérieur, s'étendent de vastes espaces de formations végétales. Cependant, les forêts ne sont pas continues comme
celles de l'Est mais dissociés en massifs plus ou moins étendus. La flore et la physionomie sont variables selon la nature du sol. En ce sens, on y rencontre des mangroves, de forêt des
dunes littorales, de forêt dense sèche semi caducifoliée, de formations secondaires, d'immenses et monotones étendues de brousses et de savanes, entrecoupées seulement de rares vestiges forestiers dans les vallons et le long des cours d'eau (forêt ripicole) et parsemées de petits villages éloignés les uns des autres.II-4-3-1. Mangroves
Ce sont des groupements végétaux principalement ligneux qui se développent dans la zone de balancement des marées appelée « Estran ». Parmi les 7 espèces de palétuviers, espèces ligneuses les plus notables avec leurs pneumatophores et leurs racines-échasses, recensées à Madagascar, 6 d'entre elles sont présentes dans le Sud Ouest. Ce sont : Avicennia marina (Afiafy, Verbenaceae), Rhizophora mucronata (Tangandahy), Bruguiera gymnorhiza (Tangampoly) Ceriops tagal (Tangambavy) de la famille des Rhizophoraceae (Tanga), Sonneratia alba (Songery, Sonneratiaceae) et Lumnitzera racemosa (Morimony, Combretaceae).
A noter que ces milieux particuliers procurent des ressources importantes (forestières et halieutiques) pour les populations vivant sur les côtes. En plus, leur dégradation pourrait être inquiétante parce que ces milieux constituent des stabilisateurs efficaces pour certaines zones côtières fragiles.
II-4-3-2. Forêt des dunes littorales et forêt dense sèche semi caducifoliée
Ces forêts se caractérisent principalement à la caducité du feuillage des strates supérieures en général, stratification à trois étages, peu de sous bois parfois arbustif, lianes abondantes et variées. Ces deux types de forêts sont constitués de huit types de formations végétales. A noter que la typologie des formations végétales citée ci-dessous a été réalisée à partir des documents mis à notre disposition. Les reconnaissances sur le terrain et les enquêtes auprès des paysans nous ont permis de l'affiner.
Types 1 : Fourré épineux xérophile à Didierea madagascariensis sur sol hydromorphe saléC'est une végétation arbustive basse atteignant 3 à 4m de haut, ne différant des autres formations de la région que par la réduction de la taille et du feuillage. Les espèces dominantes sont Didierea madagascariensis, Euphorbia stenoclada et Mimosa delicatula. Les conditions sévères de ces zones nécessitent pour la végétation qui s'y installe une adaptation spécifique : spinescence et microphyllie qui atteignent rarement une hauteur supérieure à 6m.
Types 2 : Fourré arbustif à Euphorbia laro sur sable jauneLa végétation, assez dense, commence à se développer. L'espèce la plus abondante et fréquente est Euphorbia laro. Sa hauteur varie de 3 à 6m, elle augmente de la tanne vers l'intérieur des terres.
Types 3 : Formation basse à Acacia bellula sur sable roux ou « Monka »
C'est la formation végétale issue d'un défrichement. Ces « Monka » peuvent être d'âge, de composition floristique et de physionomie variées, mais elle présente, en générale, l'allure d'un fourré arbustif à structure irrégulière dont la strate herbacée est absente ou discontinue. Si elle existe elle est composée des plantules des arbres de la forêt. Ces dernières ont une croissance faible par rapport à celles de Acacia bellula qui après 2 ans de friche atteint déjà 3m. Il y a présence de quelques pieds de formation originelle (Tamarindus indica) laissés volontairement par les paysans pour ombrer les jeunes pousses de maïs.
Types 4 : Formation arbustive à Physena sessiliflora ou « Horohoro »
C'est la succession végétale après le Monka. 30 à 40 ans après le défrichement, la formation est occupée notamment par Physena sessiliflora, puis par Grewia spp et Rhopalocarpus lucidus. La voûte plus ou moins régulière a une hauteur de 3 à 7m. La strate herbacée tend à disparaître. Après, la formation est dominée par les gros arbres notamment Tamarindus indica, Colvillea racemosa, Poupartia sylvatica, Albizia sp et Cedrelopsis grevei atteignent la hauteur de plus de 10m.
Types 5 : Forêt claire à Cedrelopsis grevei sur sable jaune
Les espèces forestières commencent à dominer et éliminent progressivement les espèces héliophiles de « Horohoro ». Néanmoins cette formation n'est pas encore bien structurée. Les
arbres sont de taille moyenne, la hauteur maximale des émergents avoisine les 10m. Les espèces émergentes sont Dalbergia purpurescens, Cordyla madagascariensis, Tamarindus indica et Commiphora spp. La voûte, composée d'une végétation à faible densité, se trouve à 7m.Type 6 : Forêt sèche à Tamarindus indica sur sable jaune
C'est une forêt reconstituée après 60 ans de friche. La voûte est à 8m de hauteur mais quelques espèces atteignent 10m. La strate supérieure est dominée par un étage discontinu de
tamariniers.Types 7 : Forêt dense sèche à Commiphora spp, Neobeguea mahafaliensis et Gyrocarpus americanus sur sable rouge
Cette formation forestière se caractérise par une strate arborée continue et dense d'une dizaine de mètres de hauteur, forêt semi caducifoliée pluristratifiée. La hauteur moyenne de la
voûte est assez élevée et atteint 12m. Certains arbres, tels que Givotia madagascariensis,Neobeguea mahafaliensis, atteignent 20m.Types 8 : Forêt dense sèche haute à Commiphora grandifolia, Dalbergia sp, Adansonia spp (A. grandidieri et A. fony)
C'est une forêt primitive, pluristratifiée, semi-caducifoliée, située dans une zone relativement perturbée. La végétation est dense. La hauteur moyenne de la voûte est de 15 à 18m. Quelques espèces peuvent atteindre 20 à 25 m.
II-4-3-3. Savanes arborées (Monto)
Ce sont des formations végétales qui s'individualisent très nettement des autres. Le terrain est couvert de graminées essentiellement colonisées par Heteropogon contortus et d'autres herbes, dépourvues de plantes ligneuses telles que Stereospermum euphoroides, Poupartia caffra et Tamarindus indica avec un recouvrement de ces dernières n'excédant pas 10%.
METHODOLOGIE
III- METHODOLOGIE DE TRAVAIL
III-1. Méthodes d'investigation
III-1-1. Recherche participative
La recherche participative insiste sur la participation de la population locale au processus de recherche et son contrôle des résultats (Byers, 1997). Elle encourage le chercheur à considérer les informateurs non seulement comme des objets d'étude, mais aussi comme des participants au processus de recherche (Byers, 1997). La recherche participative est une activité informelle, dans le sens où elle est menée sans questionnaire, l'accent est mis sur les discussions, échanges avec les paysans (photo 7).
Photos 7 : Recherche participative
Notre recherche a suivi deux étapes :
Premièrement, une réunion avec les Maires de la Commune respectivement Befasy, Belo sur mer, Soaserana et Andranopasy a eu lieu dont l'objectif est de les rappeler la raison de notre étude et de montrer aux communautés locales la transparence de la recherche afin d'éviter des éventuelles méfiances et des éventuels conflits lors de la rédaction du rapport final. Puis, le Maire lui-même a convoqué (par le biais d'une invitation) les présidents des Fokontany, leur adjoint respectif ainsi que les chefs de villages pour assister à la réunion que nous avons organisé.
Réunion avec les représentants de chaque Fokontany etde chaque village(Befasy)
Présentation de notre mission par Michel
Réunion avec les membres exécutifs de la mairie de Befasy (Maire, 1er adjoint, 2ème adjoint, Secrétaire Général, ...)
Réunion avec les représentants de chaque Fokontany et de chaque village (Ambararata)
Deuxièmement,quand le Président de chaque Fokontany est informé de notre présence et de notre mission, celui-là va réunir les participants. On explique ainsi aux assistants les raisons de la visite et le calendrier de travail. Ensuite, la discussion est ouverte dont le thème tourne autour de la Vision de Durban en 2003, du PE III et de l'importance d'augmenter la superficie des Aires Protégées existantes ; des lois sur les coupes, le défrichement, les feux de brousses, les feux de végétation et la chasse et de l'utilisation des produits ligneux (liste des espèces couramment utilisées, les principaux problèmes, les us et coutumes qui y sont liés). A noter que les recherches participatives étaient toujours sous l'assistance du Président du Fokontany. Vers la fin, les participants ont procédé à la signature du fiche de présence (voir procès verbaux dans la partie Annexe).
.......
Suite dans le rapport en pièce jointe
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Rapport_final_Ateliers_recon_ecolo.pdf |
Les origines du peuple Vezo |
Ateliers de Joachim: le dispositif FSP/GDRN

























Photo 6 : Mantella expectata (Source : Internet)




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