Filière salicole
Volet technique: les salines pilotes
Les salines pilotes
A l'origine...
une mission des paludiers guérandais

Une expertise technique, dans le courant du mois de février 2005, a été effectuée par 2 paludiers guérandais. Alain Courtel, président de l'association Univer-Sel et Olivier Péréon, président du syndicat des paludiers de Guérande, tous deux appartenant à la « Coopérative des Marais Salants de Guérande » partenaire de Trans-Mad' Developpement sur le projet à Tuléar. Suite à leurs visites sur les exploitations des producteurs dans les deux zones de production de Tuléar : Ambohitsabo (nord) et Ankiembe (sud), ils ont relevé plusieurs faits, au sujet de la technique de production, qui à leurs yeux semblaient pouvoir être corrigés dans le but d'améliorer le mode de production de sel dans la région de Tuléar.
Ils ont eu l'occasion d'échanger avec leurs homologues malgaches à propos de
ces points faibles identifiés, lors de réunion plénière ou bien encore directement sur le terrain lors des visites. Ils ont même poussé l'expérience jusqu'à tester par eux-mêmes les outils utilisés par les ouvriers et exécuter des tâches comme le nettoyage de bassin pour bien se rendre compte de la réalité du terrain. Ils ont fait part de leurs observations aux producteurs tuléarois et proposés des hypothèses alternatives au niveau de l'aménagement des salines (disposition, dimension des bassins). Ils ont également partagé leurs savoirs faire, acquis des quelques 1500 ans d'expériences dans le domaine de la production de sel dans la région guérandaise, en prodiguant des conseils pour optimiser le mode de production et des règles d'entretien pour avoir un outil de travail (à savoir les salines) le plus fiable et le plus efficace possible.
La conclusion de cette expertise technique a débouché sur un fait : une expérience sur le terrain conduit par l'équipe
technique du CoReSEL, de l'aménagement et de la mise en production d'un site de production pilote, en suivant les
recommandations des paludiers Guérandais comme : un aménagement différent des bassins, l'obligation de passer par des bassins de décantation (condensateurs), une circulation gravitaire de l'eau entre les bassins, l'entretien plus régulier des bassins (nettoyage, purges des eaux mères) ; permettrait de valider concrètement vis-à-vis des sauniers Tuléarois, les hypothèses émises par les paludiers Guérandais dans le but d'améliorer aussi bien quantitativement que qualitativement la production de sel à Tuléar.
Les faits...
la mise en place
La mission d'expertise terminée, l'équipe technique a poursuivi ses rencontres régulières sur le terrain auprès des producteurs pour dispenser les conseils des paludiers Guérandais quitte à se répéter, mais être bien sûre que le message passe. De plus, nous cherchons deux terrains, un à Ambohitsabo et un à Ankiembe, pour implanter ces fameuses lignes pilotes.
Mais au fait, quelle est vraiment l'utilité de ces nouveaux aménagements ? Pourquoi utiliser des condensateurs, pourquoi
mettre en place une circulation gravitaire de l'eau entre les bassins, pourquoi faut-il que les bassins soient entretenus régulièrement et enfin pourquoi faut-il purger l'eau après la récolte ? Voici dans les grandes lignes les explications que nous avons données aux producteurs de Tuléar.
L'étape condensateur:
-
sert à piéger les sels mineurs qui précipitent à une plus faible densité que le NaCl, ainsi que la vase en suspension amenée par l'eau lors de sa circulation.
-
sert à faire monter la densité de l'eau avant l'étape du cristallisoir pour que le sel précipite plus vite et donc augmenter la fréquence des récoltes.
-
Au final, avoir un sel plus propre avec un taux NaCl satisfaisant donc un produit de meilleure qualité.
La circulation de l'eau par gravité:
- éviter l'utilisation excessive de la motopompe pour le transvasement de l'eau entre les bassins se qui permettra par la même occasion de diminuer les coûts de production
- éviter la détérioration des fonds des bassins par le fort débit de la motopompe
- éviter au maximum l'agitation de l'eau dans les bassins
|
Nota : la technique est simple, elle consiste à aménager la ligne de bassin comme un escalier. Le fond de la réserve est légèrement surélevé par rapport au fond du condensateur qui est aussi lui-même légèrement surélevé par rapport au fond des cristallisoirs. Ensuite, un système de trappes est mis en place entre les bassins pour permettre la circulation de l'eau. |

L'entretien régulier des bassins:
- contrôler la planéité du fond des bassins
- éviter l'accumulation de boue dans le fond des bassins
- obtenir un sel plus propre et donc de meilleure qualité
|
Nota : les cristaux de NaCl ont tendance à se former autour de grains de sable, de micro boulettes d'argile et autres impuretés. C'est ce phénomène qui lui donne cette couleur grisâtre. Il est impossible de parer ce phénomène par un lavage abondant puisque l'impureté est à l'intérieur des cristaux de sel. D'où l'importance d'avoir des bassins et une eau avec le moins d'impureté possible. |
La purge :
- éviter la saturation de l'eau contenue dans les cristallisoirs qui engendre une baisse de la production de NaCl et de plus, favorise la production de sels impropres à la consommation (sulfate de magnésium, chlorure de magnésium)
- obtenir un sel de meilleure qualité
|
Nota : on installe un système d'évacuation dans un des ponts de chaque cristallisoir afin que l'eau s'évacue pendant la récolte. |
AU FINAL, TOUTES CES MODIFICATIONS ONT ESSENTIELLEMENT POUR BUT D'AMELIORER LA QUALITE DU SEL PRODUIT
Courant mars, la décision est prise, le CoReSEL aménagera deux lignes de production pilote. Le choix des sites a été fait dans un esprit d'équité entre les deux coopératives de producteurs partenaires du CoReSEL. Elles seront implantées sur les sites de production des présidents des coopératives. La première concerne
Mme Raharisoa Jeannette représentant la coopérative CoSaTo. Elle met à disposition du projet une ligne de sept bassins sur son site de production d'Ankiembe. La deuxième concerne Mr Ratiaray Aimé représentant la coopérative CoProSet. Il met à disposition du projet une ligne de cinq bassins sur son site de production d'Ambohitsabo.
Un protocole, concernant cette implantation de ligne pilote et, en définissant le cadre, la stratégie proposée par l'équipe projet ainsi que les rôles et attributions des partis, est signé entre les deux présidents de coopératives et l'équipe projet du CoReSEL. De plus, un contrat individuel précisant les conditions à respecter par les deux partis, est également signé entre l'équipe projet et chaque président de coopérative.
|
Ces lignes de production pilote seront un outil important pour l'équipe du projet CoReSEL. Elles seront utilisées, dans le cadre de formation technique, pour initier les producteurs qui le souhaiteront (espérons une grande majorité), à un nouveau mode de production de sel dans la région de Tuléar. |
Les travaux ont démarré chez Mme Raharisoa au début du mois de mai 2005. A l'origine, sept bassins cristallisoirs. Il vont être aménagés, sous la conduite de l'équipe technique du CoReSEL et du gérant des lieux, en une réserve centrale, un condensateur de chaque côté suivi de deux cristallisoirs en bout de ligne. La circulation de l'eau entre les bassins sera gravitaire donc un léger dénivelé entre ces bassins est prévu. Malheureusement, les travaux prennent fin rapidement mi-juin à la suite d'une divergence d'opinion entre l'équipe projet et Mme Raharisoa sur la conduite du chantier. Nous recevrons un courrier de la part de Mme Raharisoa le 19 juillet 2005 nous signifiant la rupture du contrat. En fait, la vrai raison pour laquelle Mme
Raharisoa a voulu rompre le contrat vient d'une close du contrat qui stipulait que : « Le propriétaire donne libre accès à la saline pilote pour des visites programmées par le CoReSEL ». Mme Raharisoa ne souhaitait pas voir débarquer n'importe quelle personne sur son site de production (comprendre par là, les producteurs de la coopérative CoProSet). Ce qui se comprend et c'est donc pour cela que l'équipe projet du CoReSEL lui a proposé de modifier cette close : « Le propriétaire donne libre accès à la saline pilote pour des visites de producteurs de la coopérative CoSaTo uniquement, programmées par le CoReSEL ». Cela n'a rien changé, sa décision était prise. L'équipe projet n'a donc pas insisté plus longtemps sur le sujet. Ce demi-échec n'a en rien perturbé les bonnes relations entretenues jusque là entre l'équipe projet et Mme Raharisoa, propriétaire de saline et présidente de la coopérative CoSaTo.
Pour ce qui est de l'aménagement de la ligne pilote chez Mr Ratiaray, les travaux ont débuté plus tard, début juin, afin de ne pas trop se disperser entre deux chantiers. Donc, à l'origine cinq bassins dont un condensateur et quatre cristallisoirs. Ils vont être aménagés en une réserve suivie d'un condensateur et de trois cristallisoirs. Bien sur, un léger dénivelé entre les bassins sera respecté lors des travaux
d'aménagement afin de permettre une circulation gravitaire de l'eau entre ces bassins. Ces travaux, pilotés par l'équipe technique du CoReSEL et le propriétaire des lieux, se sont déroulés dans de bonnes conditions et ont pris fin mi-juillet. Une équipe d'ouvriers de trois à cinq personnes, en fonction de la charge de travail, ont été employés pour exécuter les travaux. Ils étaient payés à la tâche à chaque fin de journée comme cela se pratique sur Ambohitsabo.
Voici la liste des tâches qui ont été effectuées par les ouvriers lors de l'aménagement de la ligne pilote :
-
Recherche d'argile : on creuse jusqu'à une certaine profondeur afin de récupérer une argile de qualité qui sera utilisée pour le tapissage des bassins et la réfection des ponts.
- Tapissage de l'argile : on étale l'argile sur le fond des bassins de façon régulière afin d'avoir une couche bien nivelée. Elle permet d'assurer l'imperméabilité des bassins.

-
Damage : on dame la couche d'argile pour qu'elle soit bien compacte et assure l'étanchéité du bassin. Les ponts sont eux aussi damés pour assurer leurs solidités.
-
Nettoyage du fond des bassins : on gratte la couche de vase qui s'est déposé dans le fond du bassin pendant la production (vase en suspension dans l'eau).
-
Réfection des ponts : réparation des ponts défectueux, rehausse des ponts des condensateurs.
-
Coffrage des ponts : on coffre les ponts des cristallisoirs avec des planches afin d'éviter leurs altérations par les remous de l'eau.
-
Installation de tubes PVC avec bouchons : on incruste des tubes en PVC dans les ponts pour permettre la circulation de l'eau de la réserve au condensateur et du condensateur aux cristallisoirs. Même technique pour le système de purge, on incruste les tubes dans les ponts des cristallisoirs pour évacuer l'eau saturée.
La phase d'aménagement de cette ligne pilote terminée, les choses sérieuses commencent
avec la phase de mise en production en suivant les recommandations émises par Alain et Olivier, les deux paludiers guérandais. Les résultats seront-ils ceux attendus, à savoir un rendement au minimum semblable à celui d'un mode de production traditionnelle et surtout une qualité de sel supérieure à celle du moment ? Si oui, cela viendra étayer l'hypothèse faite qu'en modifiant les habitudes des producteurs tuléarois dans leur façon de produire, le process de production traditionnelle peut être optimisé. Dans ces conditions, l'équipe projet du CoReSEL ayant un outil fort de persuasion aux yeux des producteurs, ce nouveau process devra être étendu à tous les producteurs de la région de Tuléar.
Le démarrage de la production

La phase de production a démarré le jeudi 14 juillet 2005. La première chose faite a été de remplir la réserve. Cela nous a pris trois jours du fait que le canal secondaire dans lequel nous pompions l'eau n'avait pas été nettoyé depuis un certain temps. Pour que cela ne se reproduise pas, nous l'avons fait curer aussitôt. Donc la réserve est remplie avec une eau à 1,040 g/ml de densité ou pour les spécialistes, une eau à 5,5°baumé.
|
Nota : la densité, c'est le poids de l'unité de volume, comparé à celui de l'eau qui est de 1 dans le système métrique. |

A partir du 25 juillet, nous avons effectué le premier transvasement entre la réserve et le condensateur. Le système de tube PVC pour la circulation gravitaire entre les bassins fonctionne, l'eau circule bien, elle arrive dans le condensateur à la densité de 1,070 (9,5°baumé). Le 26 juillet, la réserve est de nouveau remplie. Enfin, le premier transvasement entre le condensateur et les trois cristallisoirs est effectué le 02 août. Pour être précis dans l'analyse de la production, nous avons identifié les cristallisoirs en leur donnant un numéro de un à trois. Voilà, tous les bassins sont remplis d'eau, on peut dire que la production sur la ligne pilote a vraiment démarré.

La densité de l'eau est de 1,100 (13°baumé) quand elle arrive dans les cristallisoirs. Elle montra jusqu'à une densité de 1,215 (25,5°baumé), soit la densité ou le NaCl précipite dans le fond des cristallisoirs et forme les cristaux de sel, puis jusqu'à 1,240 (28°baumé). A partir de cette densité, on passe à la récolte puis on purge l'eau restante pour éviter la saturation qui engendre la formation de sel impropre à la consommation.
Dans le courant de la semaine du 01 au 07 août, l'équipe du CoReSEL a pris la décision de tester deux modes de production. Un cristallisoir, en l'occurrence le numéro deux sera utilisé en production traditionnelle améliorée. Les deux autres cristallisoirs seront utilisés en production contre sel.
|
Nota : la technique du contre sel consiste à laisser se former une croûte de sel d'une épaisseur convenable dans le fond des cristallisoirs pour qu'ensuite les récoltes se fassent sur cette croûte de sel. |

Du fait de notre inexpérience face à ce nouveau mode de production, nous tâtonnons quelque peu dans les débuts. Nous testons les lames d'eau (épaisseur d'eau) à mettre dans les cristallisoirs ainsi que la densité idéal pour le transvasement de l'eau du condensateur vers les cristallisoirs afin d'obtenir un rendement et une taille de cristaux optimum. On peut dire que durant les deux à trois premiers mois, en fonction du nombre de récolte que nous allons pouvoir faire, nous sommes dans une phase de réglage de l'outil “ligne pilote”.

Les récoltes
Au démarrage de l'aménagement des salines pilotes, l'idée était que le projet finance les travaux et les coûts de production. Le propriétaire s'occupait ensuite de la vente du sel produit sur la ligne pilote et remboursait le projet à hauteur des frais investis. Etant donné la fluctuation du prix du sel (observé lors de la vente des deux premières récoltes), ils nous semblaient que cela pouvait prendre un certain temps et de plus mettre le propriétaire dans une situation délicate. Nous avons donc très vite changé de stratégie, le sel produit sur la ligne pilote serait récupéré par le projet pour rembourser les frais investis, à hauteur de 225Fmg/Kg de sel (prix moyen sur l'année). Les frais de mise en sac du sel ainsi que le transport jusqu'à un lieu de dépôt étant à la charge du projet comme si cela avait été un client.

Déroulement d'une récolte :
-
Tirage du sel et mise en plusieurs petit tas dans le bassin
-
Le sel est mis dans un sobika (panier en osier) pour être nettoyé dans le condensateur. L'eau étant moins dense, les cristaux fondent très légèrement ce qui permet un nettoyage correct
-
Le sel est mis en tas à l'extérieur du bassin pour le séchage, avant la mise en sacs.
Les six premières récoltes concernent le cristallisoir numéro deux étant donné que sur les cristallisoirs numéro un et trois nous étions en phase de confection de la croûte de sel. Suite à quelques désagréments d'ordre climatique (pluie qui retardait la formation de la croûte de sel) nous avons pris du retard dans la production sur ces cristallisoirs.
La première récolte s'est faite le 12 août 2005. Suite aux explications précédentes, nous ne l'avons pas vendu car le sel était d'abord trop sale (comme tout nouvel outil, il faut une période de rodage, en l'occurrence ici les bassins, avant d'être près à l'emploi) et les cristaux trop fin. La deuxième récolte c'est faite le 24 août. Elle a été ridicule, 250Kg de sel récolté, mais d'une qualité tendant vers les objectifs attendus. Les quatre récoltes suivantes, faites entre le 13 septembre et le 22 décembre, la production a été plus importante. Nous avons récolté entre 1300Kg et 1600Kg par récolte d'un sel de bonne qualité. Au niveau de la fréquence des récoltes par contre, nous avons du faire avec une météo capricieuse, la pluie qui arrive alors que la récolte est programmée d'où un retard de un ou deux jours voir plus lors de pluie violente.
Le 23 et 24 décembre, enfin la première sur le cristallisoir numéro 1 en contre sel. Pourquoi sur 2 jours ? Nous
ne nous attendions pas à ce qu'il produise autant. Nous nous y sommes pris un peu en retard dans la journée du 23 donc nous avons fini le 24 décembre, avec une mise en sac et le rapatriement du sel qui c'est prolongé jusqu'à 21H30. La récolte sur ce seul bassin a été de 3,480T. Ce résultat pour une première récolte sur un bassin en contre sel est très encourageant au niveau du rendement mais aussi de la qualité. L'étape du lavage devient presque inutile, du fait que le sel produit n'est pas en contact avec l'argile dans le fond du bassin. Reste tout de même à confirmer sur les prochaines récoltes afin d'être sûr que ce n'était pas un coup de chance.
Le mois de janvier a été particulièrement pluvieux. C'est normal, c'est la saison des pluies. En moyenne, deux averses par semaine plus le passage d'une tempête tropical « Boloetse » au nord de Tuléar. Nous avons tout de même pu faire une dernière récolte sur les trois bassins. Une récolte qui était prévu pour le 15 janvier 2006 qui a du être repousser au 25 janvier. La production a été de 9,420T pour les trois bassins soit une moyenne par bassin d'un peu plus de 3T.
Et c'est ainsi que la phase de production se termine, les frais investis ayant été totalement remboursés par la production de 18,640T de sel.
Les résultats...
L'analyse de la production
En aménageant cette ligne pilote avec la transformation d'un cristallisoir en un condensateur, on a modifié le rapport entre la surface de production et la surface de chauffe de la ligne de production. En faisant cela on aurait pu penser que la quantité de sel produit allait diminuer. C'est ce que nous allons vérifier avec l'analyse comparative de la production avant et après l'aménagement de la ligne pilote.
Tableau récapitulatif


Exploitation de la surface de production

Le CoReSEL à la télévision malagasy |
Les salines de Tuléar touchées par la tempête tropicale Boloetse





















» Partager cette page
» Discutez sur le forum
Aller sur le forum