Filière aquaculture villageoise
Rapport annuel du programme DéFi Zanga
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Veille méthodologique et bilan d’activités
Benjamin PASCAL
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Projet DéFi « Zanga »
Projet de Développement de la Filière « Zanga » (Holothuria scabra)
N° ProGeCo 07/01/256
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Rapport annuel
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Introduction
Le développement de l’holothuriculture villageoise implique un investissement financier et la mise en place d’enclos de grossissement en mer placés sous la responsabilité de groupes d’aquaculteurs préalablement formés à ce travail. Le projet DéFi « Zanga » de TMD vise à initier et à accompagner ce processus sur les plans techniques, financiers et institutionnels. Le présent rapport d’activité décrit les avancées réalisées et les enseignements tirés entre le début du projet en octobre 2008 et le démarrage du second cycle de production en décembre 2009. Nous y déclinerons le travail réalisé en quatre principales phases.
La phase 1 d’initialisation (qui aura duré près de cinq mois) visait à opérationnaliser le dispositif projet (implantation d’un bureau, recrutement et formation de l’équipe, présentation du dispositif aux différents partenaires) et à déterminer les villages et les bénéficiaires directs avec lesquels le dispositif projet sera impliqué. Les produits attendus de cette première phase étaient :
- Maîtrise des multiples aspects liés à l’aquaculture d’holothuries et coordination des actions avec les partenaires
- Prospection et sélection des villages et des sites de culture
- Constitution d’un corps d’aquaculteurs volontaires prêts à démarrer l’activité
- Elaboration des conditions de partenariat entre le projet, les bénéficiaires, le fokonolo (communauté villageoise) et la commune débouchant sur la formulation de contrats multipartites.
Dès la souscription des partis aux contrats formulés en phase 1, cette étape d’initialisation débouche sur la phase 2 de « mise en œuvre technique et financière des unités de production » durant laquelle l’activité aquacole a concrètement démarré. Il s’agit de confier à la charge des aquaculteurs contractants la réalisation des infrastructures de production (enclos en mer) et d’y installer les premiers lots de juvéniles.
La suite du travail aura consisté à suivre la production et à assurer l’appropriation et l’intégration de cette filière dans l’environnement social et économique des villages producteurs. Ces enjeux sont traités parallèlement par la conduite de la phase 3 de « maîtrise et optimisation des techniques de production » et de la phase 4 de « façonnage institutionnel et animation ».
Aux termes des premiers mois d’activité, nous pensons que le projet est en bonne voie. L’intérêt des communautés a été manifeste et ne se dément pas. Les aquaculteurs s’impliquent hardiment dans une entreprise nouvelle et hasardeuse. Dans le cadre du partenariat mis en place, ils assument sciemment des risques au côté du projet les plaçant parfois dans une réelle insécurité économique (journées de travail sacrifiée, engagement à rembourser les juvéniles). Ce risque économique se double encore d’un risque social, les premiers aquaculteurs bénéficiaires s’engageant pour leur profit personnel dans un processus innovant qui modifie nécessairement les règles d’accès aux ressources naturelles pour l’ensemble de leur communauté d’appartenance. Dans la mise en œuvre de ses approches, l’équipe projet se doit donc de considérer et de limiter au mieux les effets négatifs potentiels correspondant à ces risques. Toutefois, cette volontaire prise de risque est pour nous un des indicateurs les plus encourageants pour la suite.
Sur le plan technique, de nombreux aspects vont continuer d’être traités en vue d’accroître notre maîtrise de l’activité aquacole dans les micro-fermes de grossissement :
- Les clôtures actuelles en filet satisferont-elles aux conditions d’exploitations (stabilité, résistance aux crabes, durabilité dans le temps, facilité d’entretien) ? De nouveaux matériaux de construction plus économiques et résistants vont être testés.
- Afin d’optimiser le processus de grossissement et de choix des sites, il nous faut aussi étudier différents facteurs de production : caractérisation des sédiments et effets de leurs caractéristiques sur les taux de croissance ; itinéraires techniques comparés...
- Compte tenu des dégâts déjà causés, la recherche et l’expérimentation de dispositifs contre les crabes semblent aujourd’hui de plus en plus nécessaires (piégeage, dispositifs anti franchissement, protection des holothuries les plus vulnérables…).
Sur le plan socio-économique, l’intégration de l’activité aquacole dans le système d’activité villageois doit faire l’objet d’une veille permanente permettant le cas échéant d’éventuelles réorientations des dispositifs mis en œuvre.
- A l’échelle des ménages et des équipes d’aquaculteurs, les mécanismes d’amortissement et les coûts d’exploitation en général doivent être maîtrisés pour ne pas hypothéquer la rentabilité des exploitations. Leur appropriation par les aquaculteurs doit être accompagnée.
- A l’échelle communautaire, les bonnes conditions dans lesquelles ont débuté les travaux aquacoles dans les trois villages ne doit pas nous faire précocement conclure à la parfaite acceptabilité sociale des changements fonciers initiés. En ce sens, le travail de concertation et d’animation sera poursuivi tout au long de la durée du projet.
Sur le plan institutionnel enfin,
- Une réflexion doit être menée sur la pertinence d’amorcer un processus de clarification du statut foncier des exploitations aquacoles. Pour l’heure, aucun besoin de clarification ou de sécurisation foncière n’est exprimé sur le plan légal, ni par les partenaires institutionnels (communes), ni par les communautés. Seuls les conventions locales formalisées par les dina offrent un cadre souple qui semble pour l’heure apte à garantir une sécurité foncière relative à l’échelon local. Ces conventions n’affectent pas directement les statuts fonciers (il n’y est pas question de propriété) mais offrent aux aquaculteurs une délégation des droits d’usage sur les espaces exploités qui apparaît suffisante pour s’impliquer dans l’aquaculture.
- En concertation avec l’ensemble des partenaires opérationnels de la filière, il importe d’établir une stratégie commune dans la perspective à moyen terme d’institutionnaliser la filière et de mobiliser les partenaires publics en conséquence.
Les principales activités à mener pour l’année à venir concernent donc :
- L’application des protocoles de suivi du grossissement et des facteurs de production et l’analyse des données produites.
- L’optimisation des techniques aquacoles et l’amélioration des infrastructures grâce à la conduite de tests et à la capitalisation des résultats des premiers mois de suivi.
- Les mécanismes financiers et les modalités de gestion de l’épargne (amortissement matériel des équipes et caisse communautaires) devront être formalisés entre les aquaculteurs et les partenaires compétents. Un important travail de suivi et de formation sur la gestion financière des exploitations sera mené.
- L’animation et l’accompagnement institutionnel local qui viseront à la mise en place des modalités d’utilisation des caisses communautaires et des comités locaux de gestion correspondant.
Cadres d’intervention
Ressources mobilisées :
1 chef de projet
1 coordinateur de projet expatrié
1 technicien-animateur responsable du volet socio-organisationnel
1 technicien-animateur responsable du volet technique et logistique
1 technicien-animateur responsable du volet de suivi scientifique
1 véhicule 4x4
1 bureau équipé de 3 postes informatiques
Liste des partenaires opérationnels mobilisés :
MH.SA, Blue Ventures, IH.SM, ProGeCo
Liste des partenaires institutionnels rencontrés :
Région Atsimo-Andrefana, DRDR, DREFT, SRPRH / PACP, Communes, Volamahasoa (IMF), IRD, Alliance EMC (MNP, SAGE, ONGs environnementalistes…)
1. Phase 1 : Initialisation
Lors de cette première phase, la mise en œuvre des approches de terrain a impliqué un certain nombre de recadrages et d’adaptations des méthodes et outils initialement envisagés pour conduire le projet. Nous nous attarderons peu ici sur le volet de mobilisation des pouvoirs publics (encore peu impliqués en dehors des communes) mais nous nous concentrerons plutôt sur les aspects de terrain.
1.1. Partis pris méthodologiques lors des interventions de terrain
Le principal parti pris du projet repose sur l’idée que la meilleure option permettant un développement intégré à long terme de la filière aquacole est de promouvoir le long du littoral un réseau de microfermes de grossissement gérées directement par des ruraux. C’est l’option qui permettrait à la fois de conjuguer viabilité économique, durabilité écologique et acceptabilité sociale (en offrant notamment des alternatives à la pêche, limitant les pressions anthropiques, et en renforçant pour les populations concernées les capacités de gestion de leur territoire). Selon ce scenario, le succès attendu des premières aquacultures villageoises devrait jouer un effet d’entrainement permettant de faciliter la future mobilisation d’un nombre croissant d’aquaculteurs et d’augmenter les surfaces cultivées.
Cette option permettrait d’éviter que des projets industriels d’aménagement aquacole à grande échelle ne viennent hypothéquer les potentialités de subsistance et de développement local pour les populations riveraines. L’implantation de telles structures pourrait en effet déboucher sur l’accroissement d’un sentiment d’insécurité foncière et économique (limitation des accès aux espaces et ressources marines) et sur des conflits sociopolitiques graves (l’histoire de la crevetticulture malgache regorge d’exemples de ce genre).
Pour ce faire, l’élaboration d’un environnement socio-institutionnel favorable au développement de l’aquaculture dans les villages, enjeu principal de cette première phase, nécessite une clarification des rôles des différents partis impliqués dans ce processus. Il s’agit de mettre en lumière les droits, devoirs et responsabilités de chacun. Cette détermination du rôle de chacun ne doit cependant pas être le fruit d’une démarche unilatérale imposée de façon normative par le dispositif projet ou l’Etat. Elle doit au contraire résulter d’une co-construction entre différents groupes d’acteurs qui maîtrisent tous une partie des enjeux relatifs aux changements impulsés. Le rôle du projet est d’analyser ces configurations, de saisir les enjeux portés par chaque groupe et de les rendre compatibles grâce à la formalisation d’un cadre institutionnel adapté.
On part du principe que chacun, individu et groupe, est détenteur de plusieurs types de droits coutumiers et modernes qu’un développement intégré de l’aquaculture, en tant que remaniement foncier, se doit de prendre en compte. Ainsi, sur un même espace, peuvent se superposer différents types de droits (droit de passage, droit de prélèvement temporaire, droit de prélèvement permanent, droit d’exclusion, droit d’aliénation des ressources, etc..) et différentes catégories d’ayants-droit (gestionnaires, utilisateurs permanents, utilisateurs temporaires). Il convient donc au démarrage du projet d’identifier et de mobiliser cette pluralité d’acteurs et de droits afin que le montage institutionnel les prenne en considération. Il s’agit d’atténuer en amont les interférences potentiellement conflictuelles entre les activités humaines préexistantes et le développement nouveau des activités aquacoles.
- Information et mobilisation des communautés (missions n°1)
Avant toute intervention dans un village, la première des actions menées par le projet consiste à solliciter les représentants du fokontany afin de provoquer une réunion publique (fivoriapokonolo) pour que soient présentés les objectifs du projet et ses conditions de réalisation. A ce stade, il est clairement et volontairement rappelé qu’il s’agit d’une simple proposition d’innovation à laquelle le village peut ou non souscrire. Aucune réponse, individuelle ou collective, n’est attendue lors de la première visite au village.
Lors de cette première réunion, les risques et les difficultés autant que les intérêts du projet sont explicités point par point (fonctionnement économique d’une exploitation, facteurs techniques, risques environnementaux, possibilité de vols, fréquence et valeur des bénéfices attendus, organisation probable du travail…) afin que chacun puisse maîtriser au mieux les enjeux avant de, en toute connaissance de cause, adhérer ou non à la proposition faite par le projet.
Dans le but de faciliter le processus de décision, des photos d’enclos de culture déjà existants (cf. travail de Blue Ventures à Andavadoaka / Ambolomoky) sont présentées aux interlocuteurs. Une fiche synthétique rappelant les grandes lignes de la proposition du projet est confiée au président fokontany afin d’être mise à disposition des villageois.
Dans l’attente du second passage de l’équipe projet, les villageois sont invités à diffuser l’information à leurs famille et voisins, à débattre de l’intérêt de ce projet pour eux et pour leur village, et à se constituer en petits groupes familiaux pour ceux qui voudraient se lancer dans l’aquaculture. Pour se faire, une période de réflexion de 2 à 4 semaines est donc laissée aux communautés rencontrées.
- Sélection des villages (missions n°1 et 2)
Pour la sélection des villages, les deux principaux critères étaient la qualité des sites potentiels de culture et la mobilisation des pouvoirs locaux et des villageois. Toutefois, en raison du manque d’espaces favorables à la culture de H. scabra dans la plupart des villages visités, le critère de mobilisation institutionnelle locale n’a finalement pas affecté le processus de sélection. Au terme de ce travail, seuls trois villages ont pu être retenus.
Afin d’identifier les sites potentiels de chaque village visité, ce sont les villageois qui sont mis à contribution pour définir les espaces marins répondants aux conditions optimales de culture et/ou connus pour avoir autrefois été richement peuplés en holothuries de sable.
Des vérifications de terrain de la qualité des sites ont été réalisées par l’équipe projet (sondage de l’épaisseur du sédiment, qualité/granulométrie, courants et marnage). Cette analyse est conduite avec la participation de villageois volontaires (généralement le chef fokontany accompagné éventuellement par un ou deux notables locaux).
- Sélection des sites favorables dans les villages sélectionnés (missions n°2 et 3)
Dans chacun des villages sélectionnés, des cartes du lagon ont été réalisées avec les villageois afin de visualiser les potentiels conflits fonciers liés à l’implantation des enclos (lieux de pêche à pied, lieux de pêche aux filets, circulation des pirogues). Ce travail mérite d’être poursuivi et approfondi au cours des prochaines missions, des cartes finement renseignées en langue vernaculaire pouvant constituer d’importants outils d’aide à la décision.
Etape importante lors de la troisième mission, un bornage temporaire de l’espace potentiel de culture a été réalisé (à l’aide de piquets assortis de bouées) dans les villages où les enjeux fonciers étaient les plus exacerbés (Andrevo et Sarodrano, mais pas Fiherenamasay où les vastes espaces favorables à la culture d’holothuries nous ont parus clairement différenciés des lieux habituellement exploités et parcourus).
- D’une part, il s’agissait de quantifier l’espace exploitable (à l’aide d’une corde métrée) et le nombre d’enclos pouvant être accueillis (afin de savoir précisément combien de bénéficiaires le projet pourrait appuyer localement et d’avoir une perspective à long terme sur les possibilités de développement de l’activité dans chaque village).
- D’autre part, ce bornage permet aux membres de la communauté de visualiser clairement l’espace transformé en exploitation aquacole et qui ne pourra donc plus être librement utilisé pour la pêche ou la circulation. On attend ainsi que le bornage temporaire catalyse les conflits latents avant le démarrage de la construction des enclos et permette de rechercher des solutions avant qu’ils n’affectent la bonne conduite des exploitations (sabotages, contestations, conflits ouverts…). C’est ce qui s’est passé à Sarodrano où les pêcheurs à pied ont rapidement réagi, débouchant sur une nouvelle étape de négociation entre aquaculteurs et groupes non bénéficiaires dont les résultats sont désormais mieux connectés aux réalités locales.
- Sélection des bénéficiaires (missions n°2 et 3)
Dès la seconde mission, les équipes se portant volontaires au démarrage de l’aquaculture sont rencontrées une par une afin d’entamer le processus de sélection. Ces entrevues permettent de tester auprès de l’ensemble des membres de l’équipe leur maîtrise des enjeux et leur capacité à s’organiser pour prendre en charge avec succès une exploitation d’holothuries. L’enjeu de ces entrevues est clairement précisé (c’est-à-dire le processus et les critères de sélection) afin d’inciter les équipes à s’y préparer au mieux.
Ainsi pour chaque équipe, on établit les relations entre les membres, le statut socioéconomique de chacun (origine, organisation du foyer d’appartenance, activités principales), leur appartenance lignagère… (la méthodologie de recueil de ces informations relève de l’enquête dite de « généalogie de résidence », cf. annexe 1).
On les questionne ensuite sur leur façon d’envisager l’activité aquacole, de la division des tâches au partage des bénéfices estimés. On sollicite leur point de vue sur les différents risques inhérents à l’activité aquacole et les réponses qu’ils envisageraient d’y apporter. Chaque cas de figure est discuté et les équipes sont mises en situation.
Cette étape a permis d’éliminer plusieurs équipes incohérentes ou mal préparées qui se sont d’elles mêmes désistées suite à la clarification des enjeux et aux questions problématiques soulevées par l’équipe projet. De fait, nous avons pris le parti de ne pas faire d’autre sélection au niveau des 17 équipes restant motivées.
Par ailleurs, il faut noter que les principes de sélection ont du être adaptés. L’idée initiale, supportée par les communautés locales, était de sélectionner parmi les équipes volontaires au moins un groupe bénéficiaire au sein de chaque lignage constitutif de la communauté villageoise, et ce afin d’éviter d’alimenter des conflits interlignagers. Cependant, certains lignages restent absents des listes de volontaires recueillies. Les responsables de ces lignages ont donc été informés que leur lignage ne serait pas représenté dans la mesure où aucun de leur membre n’avait fait acte de candidature. On cherche ainsi à prévenir l’instrumentalisation du projet dans l’éclatement d’éventuels futurs conflits liés à la répartition inégalitaire des espaces exploités.
- Collecte de données monographiques sur les villages cibles (action transversale)
Un autre volet d’activités de cette première phase concerne la collecte d’informations monographiques de base à propos des communautés sélectionnées. Il s’agit pour le projet d’appréhender au mieux les contextes politiques, sociaux, économiques et écologiques qui caractérisent chaque village et microrégion. Cette collecte de données se fait de façon continue à l’occasion de chacune des missions de terrain et doit se poursuivre tout au long de la durée du projet (enquêtes auprès des différents acteurs villageois, recensions, consultation des sources bibliographiques : documents de projets antérieurs, Plans Communaux de Développement, publications scientifiques…).
Dans ce cadre, l’histoire du peuplement comme l’historique des projets étant intervenus dans le village constituent des sources essentielles d’information pour appréhender les structures locales du pouvoir et comprendre la position des groupes locaux par rapport à une intervention exogène telle que la notre (cf. annexe 2).
Notre hypothèse de départ est que « la capacité de gestion d’un espace est fonction de la cohésion d’une société, de l’existence d’une forme de pouvoir admise et respectée ». Il apparait donc essentiel d’identifier, pour chacun des sites sélectionnés, les formes de pouvoir qui sont admises et respectées. Il faut constater que dans la région, ces formes de pouvoir sont souvent multiples et enchevêtrées : lignages, possédés, sorciers-devins, patrons, administrations (quels échelons ?), notabilité… Leur configuration peut varier d’un type d’espace à un autre.
Il s’agit alors d’établir au mieux les configurations spécifiques de pouvoirs afin d’y adapter la conduite de la concertation et les dispositifs institutionnels encadrant l’activité aquacole à l’échelle locale. L’enjeu est d’obtenir la participation et l’adhésion de ces pouvoirs aux finalités du projet et aux conditions posées par le dispositif projet pour son bon déroulement (règles de partage, transformations foncières, etc…). On choisira alors de s’appuyer sur tels ou tels pôles locaux du pouvoir (en leur confiant la gestion d’importantes procédures sur la durée du projet et au-delà) en fonction de leurs prérogatives et de leur reconnaissance par la communauté.
Il faut donc bien noter qu’il ne s’agit pas ici de définir de façon normative la légitimité des pouvoirs coutumiers sur les pouvoirs légaux, ou l’inverse, mais bien d’identifier les structures locales du pouvoir et leur configuration spécifique dans chaque village. Dans la mesure où la cohésion sociale est manifeste et les pouvoirs traditionnels respectés, ces institutions locales (instances, normes et procédures locales) seront mobilisées dans les montages institutionnels du projet. Dans le cas contraire, le projet cherchera à renforcer le rôle des pouvoirs publics pour suppléer aux carences institutionnelles identifiées.
Un des problèmes majeurs à ce niveau est le manque de temps pour étudier finement ces configurations. Notre posture actuelle consiste à considérer a priori tous les pôles de pouvoirs identifiés comme importants dans le processus de concertation.
- Façonnage institutionnel et formulation des cadres de partenariat (missions n°3 et 4)
Dernière étape de cette première phase, il s’agit d’institutionnaliser les cadres de partenariat. Pour rendre opérants ces arrangements, il convient de les faire valider par les différents partis prenants en les inscrivant à la fois dans les cadres institutionnels légaux et coutumiers (c'est-à-dire dans les cadres qui font sens auprès des différents partis impliqués, villageois et étatiques, et qui ont en retour un effet performatif sur ces acteurs).
Une fois validées par l’équipe projet, les équipes d’aquaculteurs sont réunies afin de chercher à les fédérer autour de certains points essentiels nécessitant une coordination et une solidarité professionnelle. Cela revient en quelques sortes à favoriser l’émergence d’un nouveau groupe d’ayants-droit dont la première tâche est de clarifier l’étendue de ses droits et responsabilités entre eux et vis-à-vis du reste de la communauté.
Il s’agit de débattre de nouveau de l’ensemble des aspects sensibles liés à l’aquaculture et de s’accorder sur les réponses collectives (entre aquaculteurs) à y apporter. On élabore ainsi une stratégie commune face aux impératifs de gardiennage, de construction des enclos, de leur entretien, les procédures à mettre en place face aux vols ou aux intempéries, etc… Toutes les dispositions déjà évoquées lors des entretiens particuliers avec chacune des équipes sont discutées afin d’être harmonisées, collectivement validées, et finalement intégrées dans un contrat formel liant les aquaculteurs au projet (cf. annexe 3). Ces contrats doivent ensuite être validés par le fokonolo et visés par la commune. Leur promulgation est l’objet de la dernière mission (missions n°4) de la phase 1.
Un des objectifs de ce processus est de conduire à l’établissement d’un cadre institutionnel clair encadrant l’activité des aquaculteurs au village. Ces derniers sont incités à proposer de nouveaux arrangements à leur fokonolo d’appartenance, via notamment la mise en place d’un dina (forme de convention communautaire) règlementant les différents cas de figure envisagés. Notons que la promulgation d’un dina n’est censée être effective que lorsqu’il sera concrétisé par la tenue d’un rituel adressé aux ancêtres afin de « nouer » (mifehe) ces engagements à une communauté et à son territoire.
Le projet cherchera ensuite à faire légaliser ce dina auprès du tribunal afin que les pouvoirs publics puissent être mobilisés pour faire respecter les règles et procédures qu’il contient.
Remarque : Pour rendre ces arrangements opérants, ce n’est pas le montage en lui-même qui compte mais c’est le processus de va-et-vient entre les différents groupes d’ayants-droits qui conduit à ces arrangements. Ainsi, il n’est selon nous pas opportun que ce soit le projet qui sollicite la mise en œuvre d’un dina ou outrepasse son rôle en proposant de faire un sacrifice pour valider tel ou tel arrangement. Le dispositif projet se doit d’intervenir en tant qu’animateur de la concertation. Il ne doit pas se positionner comme le détenteur des procédures proposées, dont les populations doivent rester maîtresses, mais doit plutôt intervenir comme un facilitateur pour leur mise en place.
1.2. Bilan des activités de la phase 1
Villages prospectés :
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Villages prospectés |
Commune |
Nb d’habitants |
intérêt DE la population |
Qualité des sites de culture |
EVALUATION DU Nb potentiel d’exploitations |
|
Andrevo bas |
Manombo |
1966 |
Manifeste |
Excellente |
> 10 |
|
Fitsitike |
Manombo |
2100 |
Manifeste |
Médiocre |
? |
|
Fiherenamasay |
Manombo |
1085 |
Manifeste |
Excellente |
> 25 |
|
Tsifota |
Manombo |
3006 |
Manifeste |
Mauvaise |
- |
|
Sarodrano |
Saint Augustin |
1634 |
Manifeste |
Excellente |
~18 |
|
Namakia |
Saint Augustin |
? |
? |
Mauvaise |
|
Remarque :
A Fitsitike, les sites potentiellement favorables sont loin du village et présentent une dalle rocheuse limitant la profondeur du sédiment à une quarantaine de centimètres. De plus les pêcheurs déclarent que la dessalure de l’eau est très importante en période de crue en raison de la proximité de l’embouchure du fleuve Manombo. Il serait intéressant de mener une étude de faisabilité plus poussée avant d’investir dans cette zone.
Villages sélectionnés et équipes volontaires
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Villages sélectionnés |
Nb d’équipes déclarées initialement |
Nb d’équipes restantes |
Nb moyen de membres/équipe |
Nb moyen de ménages / équipe |
Nb moyen de personnes appartenant aux ménages touchés/équipe |
Nb moyen de femmes / équipe |
Nb de femmes chef d’équipe |
Moyenne d’âge des membres |
|
Andrevo bas
|
9 |
7 |
8 |
5 |
21 |
3 |
0 |
34 ans |
|
Fiherenamasay
|
9 |
5 |
8 |
4 |
15 |
3 |
0 |
31 ans |
|
Sarodrano
|
10 |
5 |
8 |
5 |
20 |
3 |
1 |
32 ans |
Les tâches de gardiennage de nuit impliquent la présence de plusieurs hommes dans les équipes. C’est un problème quant au partage des bénéfices. Lors du démarrage de l’activité, il n’a pas été souhaité que soit partagée la charge de gardiennage entre les exploitations en raison d’un manque de confiance mutuelle. Nous espérons que d’autres alternatives puissent être trouvées et acceptées afin d’alléger la charge de travail par équipe et réduire la taille critique des équipes d’aquaculteurs.
Malgré les conseils de l’équipe projet pour restreindre le nombre de foyers impliqués dans une exploitation, chaque équipe réunit en moyenne des membres appartenant à 4 à 5 foyers. Notre inquiétude se situe au niveau du faible intérêt financier que les membres risquent de trouver à l’aquaculture. On peut cependant penser que certains des membres partenaires se démotiveront et seront amenés à se désister au cours des premiers cycles d’exploitation débouchant sur des équipes de plus petite taille (impliquant moins de foyers) dans lesquelles chaque foyer impliqué sera financièrement mieux rétribué lors des récoltes. Il s’agira alors pour eux de trouver l’organisation optimale du travail pour bien conduire l’exploitation avec moins de membres.
Effort de mobilisation par le projet
Compte tenu des problèmes de mobilisation et de diffusion des informations suite aux réunions collectives, l’équipe projet a pris le parti de rencontrer individuellement la plupart des individus identifiés comme importants.
Nous avons aussi cherché à rencontrer lors d’entretiens individuels et de focus group plusieurs individus représentatifs des différents « groupes stratégiques » significativement absents du processus de concertation afin de comprendre les raisons de leur manque de mobilisation (lignages, groupes socioprofessionnels, groupes sociodémographiques d’âge ou de genre…) et de tester auprès de ces groupes l’acceptabilité sociale du processus initié par le projet. Ces enquêtes complémentaires font parfois apparaître des rapports de domination sociopolitique spécifiques au village (hiérarchies inter lignagères, rapports de genre …).
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Villages sélectionnés |
Nb de lignages « tompontanà » identifiés |
Nb total de lignages |
Nb de réunions avec le fokonolo (réunions publiques) |
Nb moyen de participants aux réunions publiques |
Nb de réunions avec chaque équipe |
Nb de réunions avec l’ensemble des équipes |
Nb de notables consultés |
Nb de consultations / enquêtes réalisées |
|
Andrevo bas
|
1 |
11 |
3 |
50 |
10 |
2 |
14 |
40 |
|
Fiherenamasay
|
3 |
11 |
3 |
30 |
13 |
2 |
10 |
36 |
|
Sarodrano
|
3 |
13 |
3 |
70 |
16 |
3 |
8 |
39 |
Visant à présenter les équipes d’aquaculteurs sélectionnés et à soumettre les dina pour validation, la dernière réunion publique dans les villages se tient en présence d’un haut représentant de la municipalité (le maire ou un de ses adjoints). Cette réunion de validation et d’officialisation des arrangements locaux débouche ainsi sur le lancement des travaux de construction des structures de production (cf. phase 2).
1.3. Résultats de la concertation sur les mesures de gestion spécifiques
Tous les aspects relatifs à l’organisation de l’activité ont été mis en débat et validés au sein des groupes d’aquaculteurs nouvellement constitués au niveau de chaque village. Nous en présentons ici les principaux résultats qui, avant la mise en œuvre technique, permettent de clarifier auprès de l’ensemble des acteurs concernés l’organisation programmée du travail aquacole et son intégration au sein du système villageois.
Notons que dans ce processus de concertation, certaines modalités d’organisation ont été élaborées par les aquaculteurs et négociées entre eux et avec le projet (les options ne sont pas proposées ou limitées par le projet), d’autres ne sont pas négociées sensu stricto mais, jugées importantes par l’équipe projet, ont été expliquées, éventuellement adaptées, et soumises à une validation collective des aquaculteurs. A l’occasion d’une réunion publique, les grands principes organisationnels sont ensuite présentés au reste de la communauté villageoise par les aquaculteurs eux-mêmes. C’est à cette occasion que le dina peut être sollicité.
Organisation générale de l’activité aquacole :
- Les sorties des aquaculteurs pour l’entretien des enclos seront simultanées afin d’éviter la suspicion et les vols entre exploitations
- les pertes pour mauvais entretien sont à la charge de l’équipe d’aquaculteurs responsables
- les pertes massives pour raisons naturelles (cyclone, épizootie…) seront assumées par le projet qui compensera financièrement les pertes des aquaculteurs.
- des cahiers d’exploitation seront tenus par un représentant de chaque équipe
Amortissement du matériel et remboursement des juvéniles :
- les équipes acceptent le principe d’une avance du coût des juvéniles qu’elle aura à rembourser en intégralité lors de chaque récolte.
- Les équipes acceptent le principe de verser 100 000 Ar par récolte pour constituer une épargne en vue de pouvoir renouveler les enclos si besoin au bout de deux ans. La façon de gérer cette épargne n’est pas encore définie précisément mais l’IMF volamahasoa est prête à assumer le rôle de caisse d’épargne avant la fin 2009.
- Une partie du matériel nécessaire aux travaux d’exploitation sera fourni par le projet. Sont pris en charge des brosses pour le nettoyage des clôtures, des torches pour le travail de nuit (gardiennage et comptage), des gants pour faciliter la capture sélective des crabes, un sifflet (ou autre objet bruyant) pour déclencher une alerte en cas de vol.
Construction des enclos :
- les tâches de construction des enclos sont assumées par les équipiers avec l’appui technique de l’équipe projet
- La plupart des matériaux sont fournis par le projet à l’exception de la centaine de piquets en bois nécessaires par enclos qui seront préparés par les équipiers (1 à 2 journées de travail selon eux) ou achetés à des forestiers spécialisés dans l’arrière pays.
- Dans la plupart des villages, les équipes sollicitent le projet pour fournir le rima (un repas collectif par jour pour ceux qui travaillent) lors de la construction des enclos. Ce système doit faciliter la mobilisation des membres obligés de délaisser leurs activités de subsistance pendant plusieurs journées consécutives de vives-eaux pour réaliser au plus vite les enclos.
Gardiennage :
- Le gardiennage de jour n’est pas perçu comme un problème, les enclos étant visibles par tous depuis le village
- les hommes sont chargés du gardiennage nocturne
- l’ensemble des groupes d’aquaculteurs ont opté pour un gardiennage collectif. Chaque équipe envoie chaque nuit un de ses membres garder les enclos en présence de représentants des autres équipes. La charge de travail par équipe reste donc importante, les équipes se méfiant les unes des autres et n’ayant pas souhaité mettre en place une rotation de gardiennage entre elles.
- Pour les épauler, les aquaculteurs peuvent faire appel au kalony (système de rondes nocturnes des villageois) pour intervenir lors d’un vol.
Autres dispositions face aux problèmes de vol :
- les individus isolés (aquaculteurs ou autres) étant vus à proximité des enclos seront interpelés et sommés d’expliquer leur présence sur les lieux.
- les pertes liées aux vols (constatées au moment des comptages mensuels), signifiant aux yeux des aquaculteurs un défaut de gardiennage de nuit, seront assumées par l’équipe qui continuera à rembourser l’intégralité du coût des lots de juvéniles livrés dans la mesure où aucun coupable n’est identifié.
- Si les coupables sont identifiés, les sanctions seront définies avec le fokonolo et intégrées au sein d’un dina (les trois villages ayant souscrit à la mise en place d’un dina). Une partie des amendes infligées serviront à compenser le manque à gagner des aquaculteurs victimes.
- Le règlement des conflits suivra les procédures habituelles qui préconisent la tenue d’un « procès » devant les représentants du fokonolo (en charge d’arbitrer les conflits et de faire respecter les règles) avant d’éventuellement être géré au niveau de la commune puis du tribunal si les premières procédures n’aboutissent pas.
Commercialisation :
- Les équipes acceptent de vendre l’intégralité de leur production sous le contrôle de l’équipe projet.
- Les aquaculteurs acceptent de cesser de vendre aux mareyeurs du village toute holothurie de sable (Holothuria scabra), qu’il s’agisse d’holothuries d’élevage ou d’individus sauvages trouvés en dehors des enclos. Ils acceptent ainsi de stocker dans leur propre enclos les individus sauvages qu’ils trouveraient et de les vendre ultérieurement comme holothuries d’élevage. Cette mesure vise à prévenir les soupçons de fraude, voir de vol, qui pourraient planer en cas de vente d’holothuries de sable par un aquaculteur sous contrat.
Remarque : Une partie des équipes envisage une répartition des bénéfices par foyer impliqué, une autre partie envisage un partage par individu. Ces modes de répartition envisagés ne sont pas formalisés dans les contrats mais sont laissés à l’appréciation des membres toujours susceptibles de l’adapter aux réalités de fonctionnement de leur équipe (certains pouvant par exemple fournir plus de travail que d’autres au cours du cycle d’exploitation). L’équipe projet se contentera de suivre ces aspects.
Mesures compensatoires :
- Le principe des mesures compensatoires, proposé par le projet, est bien compris et accepté par les aquaculteurs. Seule leur nature fait l’objet de points de vue divergents. Il s’agit de matérialiser la reconnaissance due au reste de la communauté pour autoriser l’utilisation semi-privative d’espaces jusqu’alors communautaires.
- Ces mesures compensatoires seront principalement représentées par le versement de la part des aquaculteurs d’une certaine somme dans une caisse communautaire de développement (Sarodrano : 10.000ar/recolte/groupe, Fiherenamasay : 50 ar/zanga commercialisé, Andrevo : 30 ar/zanga commercialisé)
- La contribution des aquaculteurs à la caisse communautaire sera complétée par le versement par l’acheteur de 50 ar/zanga commercialisé (il est convenu que cet apport sera dans un premier temps pris en charge par le dispositif projet, puis par MH.SA à l’issue du projet).
- Le mode de gestion de cette caisse communautaire et les instances responsables seront élaborées au cours du premier cycle de culture avant les premières rentrées d’argent.
- Lorsqu’elle est spontanément sollicitée par les représentants du reste de la communauté villageoise, une autre mesure compensatoire pourra être représentée par le sacrifice d’un animal (zébu) afin de permettre à la communauté de prévenir les ancêtres et autres forces de la surnature des travaux qui seront conduits, de solliciter leur bénédiction et d’ancrer le dina au territoire. Sur le plan politique, il s’agit par ailleurs de signifier clairement la reconnaissance par le dispositif projet et par les aquaculteurs de l’importance des structures et des procédures traditionnelles dans les modifications foncières locales et dans la réussite de l’aquaculture.
Remarque : ces mesures compensatoires devraient déboucher sur une responsabilisation de l’ensemble de la communauté quant au contrôle des exploitations aquacoles, au respect des procédures commerciales instituées et aux mécanismes d’autopromotion du développement (gestion et utilisation de la caisse de développement).
2. Phase 2 : Mise en œuvre technique et financière des unités de production
Au démarrage de la deuxième phase, nous disposons donc d’un corps de 17 équipes constituées, réparties dans 3 villages, signataires de contrats de partenariat avec le projet. Chaque village concerné a souscrit à la mise en place de son propre dina accompagnant localement cette nouvelle activité.
L’enjeu de cette phase a donc été de construire 17 enclos de 30x30m, représentant 15 300 m² de surface cultivable, et d’y faire livrer les 450 premiers juvéniles par exploitation, soit 7650 juvéniles au total pour lancer le premier cycle de culture.
2.1. Options techniques et logiques de travail
Le travail de construction des enclos constitue une étape importante et sensible. Il importe de maîtriser les facteurs techniques pour que les enclos remplissent correctement leur fonction tout en maintenant au plus bas les coûts d’amortissement dans le temps.
Pour se faire, nous avons pu tirer parti de l’expérience acquise par BV qui depuis 2008 a déjà élaboré plusieurs enclos en testant différents matériaux et différentes techniques. Un des techniciens de l’équipe TMD a ainsi été envoyé en mission à Andavadoaka pour se former auprès des techniciens de BV et échanger sur les techniques de construction.
2.1.1. Implantation des enclos (maîtrise technique)
Afin de mener à bien cette étape, le dispositif projet doit coordonner plusieurs aspects :
- Mobiliser l’ensemble des équipes lors de la construction pour que les aquaculteurs assurent eux-mêmes la réalisation et maîtrisent à terme les techniques de construction des enclos afin de pouvoir les renouveler seuls à l’issue du projet.
- Rationnaliser l’utilisation de l’espace lors de la disposition des premiers enclos afin de permettre ultérieurement une expansion optimale d’autres exploitations sur les espaces favorables à ce type d’aquaculture.
- S’assurer du respect des normes techniques identifiées (taille des enclos, profondeur d’enterrement des clôtures, résistance des clôtures aux courants).
La construction de l’ensemble des enclos est faite collectivement par les aquaculteurs sous l’égide de l’équipe projet. Les grandes étapes de construction s’articulent comme suit (pour 450 m de clôture, soit 5 enclos jointifs de 30x30m chacun) :
- Préparation des clôtures au village (environ 2 à 4 demi-journées)
- Bornage définitif des enclos à construire (1 marée basse de vives-eaux)
- Installation des enclos en mer (environ 4 marées basses de vives-eaux)
- Vérification et consolidation des clôtures par mise en tension des cordages (1 à 2 marées basses durant les vives-eaux qui suivent l’installation proprement dite).
Options techniques retenue par le projet TMD :
Notre choix a été de construire directement l’ensemble des clôtures extérieures délimitant chacune des unités de production, circonscrivant ainsi une surface de 900 m²/exploitation.
Cette option permet de matérialiser directement en une seule fois l’emprise foncière définitive des exploitations. Cela favorise en outre la rationalisation de l’occupation spatiale lors de l’implantation des infrastructures de production. Toutefois, s’il facilite clairement le travail de construction et l’intégration des infrastructures dans le système villageois, ce choix d’implanter l’ensemble des clôtures périphériques en une seule fois induira à coup sûr une usure précoce d’une partie des clôtures dont la construction aurait pu être entreprise ultérieurement.
Cependant, avec ce système de construction, les premiers juvéniles livrés profiteront de conditions de croissance à faible densité durant les premiers cycles de grossissement : 0,5 individu/m² durant le premier trimestre, puis 1 individu/m² durant le second trimestre. Nous escomptons que le maintien de basses densités d’holothuries au démarrage de l’activité favorise une croissance rapide des premiers lots de juvéniles cultivés.
Mesure d’accompagnement : le rima
La préparation des clôtures et leur installation en mer est faite collectivement durant plusieurs journées successives. Les aquaculteurs de toutes les équipes du village coopèrent pour construire progressivement l’ensemble des enclos. L’installation en mer se faisant durant les marées basses de vives-eaux, les aquaculteurs sont contraints de délaisser leurs activités de subsistance les plus importantes pendant plusieurs jours consécutifs.
Face à cette contrainte, les aquaculteurs ont sollicité le projet pour organiser un rima, revendication qui nous est apparue légitime. Le rima consiste en un repas pris en commun offert à l’ensemble des individus mobilisés lors de travaux collectifs consommateurs en temps. Le projet a donc choisi de prendre en charge l’achat de riz et de haricots secs qui sont consommés lors du retour au village à l’occasion du travail d’installation des clôtures en mer.
Cette mesure d’accompagnement vise à rassurer les participants et facilite leur mobilisation pendant les marées de vives-eaux, phase critique du calendrier de production vezo. Malgré cela, il faut reconnaître que le manque à gagner des journées allouées à ces travaux pèse lourdement sur les conditions de vie des ménages d’aquaculteurs.
2.1.2. Maîtrise des coûts
Un des objectifs de l’équipe projet est de trouver le meilleur compromis entre les coûts d’amortissement des enclos et leur efficacité. Le coût par enclos diminue notamment lorsque les enclos sont jointifs. Pour un enclos non jointif, il faut compter 120 m de linéaire de clôture pour circonscrire 900 m² exploitables, soit un coût de 546 000 Ar par enclos. En construisant 6 enclos jointifs, on obtient une moyenne de 85 m de linéaire par enclos, soit un coût de 387 000 Ar par enclos.
|
Matériel retenu |
Coût unitaire (MGA) |
Coût au mètre (MGA) |
Qté utilisée par mètre de clôture |
Coût par mètre de clôture (MGA) |
Coût pour 120m de linéaire / enclos |
Coût pour 85m de linéaire / enclos |
|
Filet (Ø 10mm) |
240 000 Ar/100m |
2400 Ar |
1.11 m |
2 664 |
319 680 |
226 440 |
|
Corde n°2 |
4000 Ar le rouleau |
40 Ar |
2.44 m |
98 |
11 712 |
8 296 |
|
Corde n°3 |
5000 Ar le rouleau |
50 Ar |
2.77 m |
139 |
16 620 |
11 772 |
|
Corde n°4 |
6600 Ar le rouleau |
66 Ar |
1.33 m |
88 |
10 534 |
7 461 |
|
Corde n°6 |
12 600 Ar le rouleau |
126 Ar |
1.42 m |
179 |
21 470 |
15 208 |
|
Barre de fer (Ø 8mm) |
13 000 Ar/12m |
1 083 Ar |
1 m |
1 083 |
129 960 |
92 055 |
|
Piquets |
200 à 300 Ar/piquet |
|
1 piquet |
300 |
36 000 |
25 500 |
|
TOTAL |
|
|
|
4 550 |
545 976 |
386 733 |
Le projet prend en charge le matériel de construction à l’exception des piquets en bois (environ 120 piquets par enclos). Ces piquets représentent l’investissement matériel propre des aquaculteurs bénéficiaires du projet.

Graphe 1 : Répartition des coûts associés à la construction des linéaires de clôture
La ventilation des coûts de construction par type de matériaux montrent la part importante représentée par le filet (59%) et les barres de fer (24%). Or, les premiers enclos construits à Sarodrano commencent déjà à montrer les limites de ce type de structure. Les filets en multifilament nylon sont facilement découpés par les crabes (plusieurs brèches après 2 semaines). Ces éléments nous paraissent inquiétants quant à la durabilité des infrastructures actuelles et à la soutenabilité des mécanismes financiers d’amortissement qu’assumeront les aquaculteurs. Une réflexion continue devra donc être conduite sur l’ensemble de la durée du projet afin d’établir le meilleur rapport coût/durabilité pour les infrastructures de production.
Les premiers mois d’utilisation de ces enclos nous ont ainsi conduits à envisager des adaptations significatives du modèle initial :
- Des filets en plastique importés de Chine sont attendus pour février 2010 pour remplacer les clôtures en filet nylon. Leur coût est moindre et leur durabilité supérieure (notamment face aux crabes)
- Des pouponnières couvertes d’un filet nylon ont déjà été mises en place au sein des enclos afin de protéger les juvéniles les plus fragiles contre les prédations ou l’effet des courants (cf. infra).
- Le principe de la subdivision des enclos en 4 sous-enclos a été abandonné.
2.1.3. Création et transferts d’outils de gestion à destination des aquaculteurs
Afin de favoriser la durabilité de l’aquaculture villageoise et de renforcer les capacités de gestion des aquaculteurs, nous confions à chaque équipe un cahier d’exploitation. Les principales informations et évènements relatifs à l’exploitation y seront réunis.
Ce cahier est co-alimenté par les aquaculteurs et par le projet. Il constitue à la fois un support pour aider les aquaculteurs à gérer leur exploitation et un outil de suivi pour le dispositif projet. Il doit notamment permettre de mieux comprendre le travail des aquaculteurs afin d’y adapter les techniques et les approches, de recueillir des données sur les conditions de grossissement des holothuries et de jauger l’implication des différentes équipes d’aquaculteurs.
Les différents éléments que l’on cherche à rassembler concernent :
- un tableau dans lesquels les équipiers restituent l’ensemble des travaux réalisés sur leur exploitation et les observations correspondantes (nb de crabes tués, nb d’holothuries mortes ou récupérées hors des enclos, travaux d’entretien et de réparation des enclos…)
- les résultats des comptages et pesages qui seront archivés dans ces cahiers (et serviront de base à des projections économiques à destination des aquaculteurs)
- les fiches techniques mises à disposition par le projet et archivées dans le cahier
- des fiches synthétiques faisant un état des comptes réels et virtuels correspondants à l’activité aquacole : l’argent épargné, les revenus attendus, les remboursements et contributions associés assortis des échéances correspondantes. Ces fiches nous permettront de travailler dans la durée avec les aquaculteurs sur les notions d’amortissement et de rentabilité en suivant progressivement la balance des recettes et dépenses associées à leur exploitation.
Remarque : Il faut noter que l’idée d’émettre et d’archiver ces fiches comptables rencontre quelques réticences légitimes. Dans l’actuel système de production vezo, il n’existe pas de rupture entre les logiques présidant à l’économie domestique, sur laquelle le projet n’a pas prétention à intervenir, et celles présidant à l’économie de production (de type coopérative de producteurs). Voir archiver leurs revenus, notamment les gains importants attendus de l’aquaculture, risque d’être ressenti comme une importante source d’insécurité pour les aquaculteurs (mauvaises augures associées aux gros gains, concupiscence des autres, jalousie…). L’intérêt de cet outil et sa portée doivent encore faire l’objet de réflexion et de débat.
2.1.4. Lancement de la production (introduction des holothuries)
Une fois les contrats avec les aquaculteurs et les conventions locales villageoises (dina) conclus et annoncés publiquement pour l’ensemble des trois sites de production, les premières livraisons ont pu être programmées. Elles ont eu lieu le 31 mars 2009 à Sarodrano, le 13 mai à Fiherenamasay et le 11 juin à Andrevo (cf. photos).
Première livraison de juvéniles à Andrevo le 11 juin 2009
La livraison des deuxièmes lots de juvéniles a pu être faite 4 à 7 mois après la première selon les sites et en fonction des stocks disponibles au niveau de MH.SA.
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Date de livraison |
Sarodrano |
Fiherenamasay |
Andrevo |
Nb de juvéniles livrés par exploitation |
|
31/03/2009 |
2250 |
|
|
450 |
|
13/05/2009 |
|
2250 |
|
450 |
|
11/06/2009 |
|
|
3150 |
450 |
|
18/09/2009 |
2250 |
|
|
562 |
|
20/10/2009 |
|
|
3150 |
450 |
|
17/12/2009 |
|
2750 |
|
450 |
|
TOTAL |
4500 |
5000 |
6300 |
|
|
15800 |
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Tableau 1 : récapitulatif des livraisons effectuées
Remarque 1 : Certaines des livraisons ont été quelques peu perturbées (retard, météo défavorable). Globalement, les holothuries semblent avoir bien résistées et ont montré leur vigueur, excepté pour la dernière livraison faite à Fiherenamasay suite à laquelle peu d’individus semblent avoir survécu.
Remarque 2 : Avant la livraison, nous avons eu de grosses difficultés à mobiliser les aquaculteurs à Andrevo afin de reconstruire les clôtures qui dans un premier temps avaient été mal installées. Depuis la livraison, ces clôtures ont été bien reconstruites. Sur l’ensemble des villages livrés, l’arrivée des juvéniles à systématiquement un effet de remobilisation très positif.
Remarque 3 : A Sarodrano, l’équipe qui avait perdu la totalité de son premier lot de juvéniles en moins d’un mois (cf. schéma 1, infra) n’a pu être mobilisée à temps pour déplacer et reconstruire un enclos sécurisé comme préconisé par l’équipe projet ; d’où le parti pris de diviser entre les 4 équipes restantes le lot de 450 juvéniles qui lui était destiné. Si le souhait de cette équipe est de continuer, elle sera fournie en juvéniles lors de la prochaine livraison dans la mesure où elle réalise les travaux recommandés.
Remarque 4 : Compte tenu d’une croissance pondérale trop limitée pour garantir la rentabilité de l’aquaculture à Fiherenamasay (cf. graphe 2, infra), nous avons pris le parti de repousser la deuxième livraison le temps de tester et de valider de nouvelles techniques culturales améliorantes.
Remarque 5 : La fréquence des livraisons, initialement prévue chaque trimestre, n’a jusqu’alors pas pu être respectée en raison des difficultés temporaires de MH.SA à honorer l’ensemble des commandes. Grâce à l’amélioration des méthodes de production, le problème semble désormais résolu et les prochaines échéances devraient pouvoir être respectées.
2.2. Bilan de la Phase 2
Réalisation des travaux
La mobilisation et l’implication des aquaculteurs a été très satisfaisante dans deux des trois sites (Fiherenamasay et Sarodrano) avec un taux de participation quotidien avoisinant 75% des membres. Hommes comme femmes étaient présents. La répartition des enclos entre les équipes s’est faite sans problème sans que l’équipe projet ne soit impliquée.
A Andrevo, la mobilisation a dans un premier temps été difficile (moins de 20% des aquaculteurs mobilisés les deux premiers jours) nous amenant à provoquer une réunion de recadrage. Nous avons alors rappelé les engagements réciproques sanctionnés par le contrat et la possible rupture de partenariat en cas de manquement. Une remobilisation s’en est suivie permettant d’achever le travail dans les conditions initialement prévues (mobilisation satisfaisante des aquaculteurs).
Mise en œuvre des mesures d’accompagnement
Les mesures compensatoires négociées et les montages institutionnels mis en œuvre pour encadrer l’activité font apparaître des différences de positionnement institutionnel entre les villages sélectionnés.
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Mesure compensatoire négociée |
Mise en œuvre d’un dina |
Sanction pour vol incluse dans le dina |
Tenue d’un sacrifice |
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Sarodrano |
10 000 Ar/récolte (soit 25 Ar/holot vendue si 400 holot/récolte) |
Oui |
10 000 Ar/holothurie volée |
Sollicitée |
|
Andrevo Bas |
30 Ar/holot vendue |
Oui |
20 000 Ar/holothurie volée |
Sollicitée |
|
Fiherenamasay |
50 Ar/holot vendue |
Oui |
50 000 Ar/holothurie volée |
Non sollicitée |
Le résultat de ces montages présente des tendances intéressantes à considérer pour la suite :
- Les villages subissant la plus grande insécurité face aux brigands (Andrevo Bas et Fiherenamasay) ont décidé les sanctions les plus fortes contre le vol des holothuries d’élevage.
- Le sacrifice d’un animal marque à la fois la demande de bénédiction auprès des forces surnaturelles du territoire et le respect de l’organisation politico-religieuse de ce territoire. Cette mesure se range donc plutôt dans la catégorie des compensations symboliques accompagnant les changements fonciers engagés et favorisant leur acceptabilité au sein de la communauté. On remarque que c’est à Fiherenamasay, là où la tenue d’un sacrifice rituel n’a pas été collectivement souhaitée (notamment en raison d’un clivage religieux au sein du village), que les aquaculteurs ont accepté de verser les compensations matérielles les plus importantes (50 Ar prélèvés par holothurie vendue). Inversement, là où la compensation symbolique semble primer, comme à Sarodrano (où la cohésion sociale nous paraît la plus prégnante), les contributions financières négociées par les aquaculteurs sont potentiellement les plus faibles (25 Ar/pièce si 80% des holothuries sont commercialisés).
Ainsi, lors du démarrage des travaux à Sarodrano, un zébu a été sacrifié par l’officiant traditionnel du village afin de valider le dina et de souscrire au rituel du « vakitany » (« cassé la terre »). Pour les mêmes raisons, un sacrifice a été conclu à Andrevo Bas, même s’il faut noter que son organisation a été décevante à nos yeux. Les aquaculteurs y ont moins joué le jeu communautaire et ont cherché à éviter de partager la viande. En revanche, si Fiherenamasay n’a pas sollicité de sacrifice, nous avons tout de même offert à la communauté un animal de boucherie au démarrage des travaux afin de célébrer de façon œcuménique l’adhésion de la communauté au projet et d’entériner définitivement le dina en présence du plus grand nombre.
Livraison et suivi des juvéniles
Par souci d’économie et en raison de la proximité entre Sarodrano et le centre de grossissement de Belaza, nous avons choisi que les aquaculteurs se chargent eux-mêmes de la livraison. Le 31 mars au soir, chacune des 5 équipes a donc envoyé à Belaza une pirogue avec deux de ses membres pour aller récupérer leurs 450 premiers juvéniles. Placés dans des sacs, ils ont été transportés dans le fond de la pirogue préalablement rempli d’eau (30 minutes de transport). Cette organisation ayant donné pleine satisfaction, les livraisons s’y feront toujours de la même façon.
En revanche, pour les lointains villages d’Andrevo Bas et de Fiherenamasay, il est convenu que ce soit Madagascar Holothuries qui assure le transport des juvéniles depuis Belaza. Le dispositif projet assumera pour l’heure le surcoût correspondant.
3. Phase 3 : Maîtrise et optimisation des techniques de production
Compte tenu du caractère novateur de cette activité, un des enjeux du projet est de maîtriser et d’améliorer les itinéraires techniques de conduite d’exploitation holothuricole. Des suivis nocturnes du grossissement (comptage et pesage) sont donc réalisés une fois par mois pour chaque exploitation (cf. photos ci-dessous). Après les premiers mois de culture, différentes tendances apparaissent. Elles sont représentées ici dans deux graphes qui font état des taux de survie (graphe 1) et des taux de croissance (graphe 2) par site.
Travaux de suivi nocturne des exploitations : comptages et pesages des holothuries
3.1. Survie des holothuries d’élevage
Graphe 1 : Taux de survie par site (estimés sur la base des comptages nocturnes)

Remarque : les taux de survie exprimés ici ne rendent que partiellement compte de la réalité. Les données sont basées sur les comptages réalisés de nuit lors desquels plusieurs holothuries peuvent ne pas être détectées. Ces chiffres correspondent donc à des estimations minimisées des taux réels de survie.
Le constat est que les taux de survie observés pour l’heure sont dangereusement faibles, particulièrement dans les villages d’Andrevo (~22%) et Sarodrano (~31%). La rentabilité financière n’est donc pour l’heure pas atteinte. Les pertes surviennent essentiellement dans le premier mois, après quoi les populations restent stables.
A l’échelle de ces deux villages, on observe que les taux de mortalité sont très hétérogènes d’une exploitation à une autre. Pour le cas de Sarodrano (cf. schéma 1), il semble par exemple exister un gradient allant du Nord-Ouest du site (forte mortalité) au Sud-Ouest (faible mortalité). Si le principal facteur de mortalité identifié est la prédation par les crabes, ces différences micro locales restent pour l’heure inexpliquées.

Schéma 1 : taux de survie différenciés par enclos sur le site de Sarodrano
3.2. Croissance des holothuries d’élevage
Les taux de croissance diffèrent très sensiblement entre les trois sites.
Graphe 2 : Taux de croissance observés par site (obtenus sur la base d’échantillons pesés)

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POIDS MOYENS (en grammes) |
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SARODRANO |
FIHERENAMASAY |
ANDREVO-BAS |
|
|
Départ |
~18 |
~18 |
~18 |
|
|
1 mois |
41 |
26 |
42 |
|
|
2 mois |
77 |
31 |
100 |
|
|
3 mois |
133 |
35 |
173 |
|
|
4 mois |
158 |
47 |
203 |
|
|
5 mois |
213 |
75 |
285 |
|
Tableau 2 : poids moyens des holothuries mois par mois
Les premiers résultats laissent apparaître des taux de croissance insuffisants sur le site de Fiherenamasay alors qu’ils sont très encourageants sur les sites de Sarodrano et d’Andrevo. Ces résultats sont d’autant plus étonnants qu’une analyse des sédiments sur ces trois sites a montré que c’est à Fiherenamasay que le substrat était le plus riche en matière organique.
3.3. Identification et mise en œuvre de solutions
3.3.1. Maîtrise de la prédation
Dès les premières semaines de grossissement, les taux de prédation sont apparus très inquiétants. Dans plusieurs enclos, une part importante du cheptel a été littéralement décimée. Les principaux coupables sont, de façon quasi certaine, les crabes (particulièrement Thalamita crenata, cf. photo ci-contre). Pour maîtriser cette prédation, plusieurs solutions ont été envisagées et sont actuellement testées.
Attaque d’une holothurie par un crabe
1) Les pièges à crabes
Deux types de pièges à crabes ont été mis en place à Sarodrano et à Andrevo à compter des mois d’avril et juin 2009. Pour l’heure, 12 nasses et 24 pièges simples ont été installés sur les 12 exploitations présentes sur ces deux sites.
Nasses à crabes : La nasse est constituée d’une armature parallélépipédique recouverte de grillage plastifié. Un trou est aménagé sur la face supérieure afin d’y fixer un seau en plastique dont le fond est découpé. Un appât est placé à l’intérieur de la nasse. Dans l’urgence, ces pièges ont été réalisés à Tuléar par l’équipe projet pour un coût significatif d’environ 6 € (ou 18 000 Ar) par nasse. En raison des matériaux utilisés, leur durée de vie est faible (fixation des seaux rapidement cassée, grillage cassé). Afin d’adapter ce principe de piégeage et de réduire ces coûts, il est envisageable que l’armature en fer soit remplacée par une armature en bois et le grillage plastifié par du filet plastique ou des fibres végétales tressées (comme les nasses à langouste utilisées sur les littoraux de l’extrême sud de Madagascar). Une fabrication artisanale par les aquaculteurs devra donc être encouragée.
Piège simple : il s’agit d’un seau en plastique sur lequel est fixé un fil monofilament nylon muni d’un appât en son centre. Pour une durée de vie plus longue, les appâts sont désormais placés dans un petit ballotin en filet moustiquaire. Le piège ainsi monté est enfoncé entièrement dans le sédiment. Le principal avantage de ce dispositif est son faible coût (3800 Ar, soit ~ 1,25 €).
L’inconvénient est que dans certaines conditions de marées et de courants, les crabes piégés peuvent réussir à sortir du piège en flottant et les pièges peuvent être arrachés du sédiment.
Remarque : Les aquaculteurs éprouvent des difficultés à se fournir pour recharger les pièges avec les appâts classiquement les plus résistants (têtes de gros poissons, charognes …). L’utilisation de petits ballotins en filet moustiquaire permet déjà de limiter la dislocation trop rapide des appâts les moins résistants (types petits poissons). L’utilisation dans les ballotins de mollusques marins (types bivalves), faciles à collecter, apparaît pour l’heure comme une solution optimale. Des tests sont en cours pour vérifier l’appétence et l’efficacité des différents types d’appâts.
2) Pouponnière (minis enclos couverts)
Compte tenu de la présence permanente de crabes dans les enclos, nous avons recherché des solutions pour empêcher physiquement les crabes d’approcher des juvéniles les plus vulnérables. D’où l’idée d’installer des minis enclos couverts de 25m² dans lesquels sont placés les juvéniles nouvellement livrés pour grossir en sécurité pendant 4 à 8 semaines. Une fois atteint un poids de 50g, les holothuries sont moins vulnérables aux attaques de crabes (sans pour autant y être totalement invulnérables) et sont alors placées dans l’enclos principal avec les autres cohortes du cheptel.
Afin de garantir l’intégrité de ces pouponnières, nous avons opté pour des clôtures en filets plastique qui, contrairement aux filets nylon utilisés initialement, ne peuvent être découpés par les crabes. Seul le couvercle est fait en filet nylon dont l’intérêt, dans cette position horizontale, est de piéger les crabes qui s’y prennent les pattes sans pouvoir s’en dégager.
A l’intérieur de l’enclos principal, nous avons choisi la zone de prédilection des premières holothuries élevées pour installer les pouponnières. Il s’agit de favoriser au maximum la croissance des juvéniles (en situation de forte densité dans le mini enclos) afin qu’ils atteignent au plus vite une taille apte à garantir leur survie face aux risques d’attaques par les crabes.
Pouponnière à Sarodrano
Les premiers résultats sont encourageants mais une chasse aux crabes régulière doit être poursuivie, même au sein de ces pouponnières. En effet, dans ces deux villages, entre les premiers lots livrés sans protection et les deuxièmes lots ayant bénéficié des dispositifs « pouponnière », on note que :
- La mortalité a été réduite de plus de moitié durant le premier mois de grossissement des juvéniles (par exemple à Sarodrano, on a un taux de survie de 20% après un mois pour le 1er lot contre 76% pour le 2ème lot en pouponnière)
- Mais la prédation est réapparue durant le deuxième mois, les aquaculteurs ayant délaissé la chasse aux crabes convaincus de l’efficacité des pouponnières.
3.3.2. Expérimentations et recherche de techniques culturales améliorées
Face aux constats établis au cours du premier cycle de grossissement, l’équipe projet a mis en place différentes expériences et tests en vue d’améliorer la rentabilité des exploitations. Nous avons déjà mentionné les dispositifs de piégeage des crabes et les pouponnières pour la protection des juvéniles contre les crabes. Nous présenterons donc ici les expériences effectuées à Fiherenamasay en vue d’améliorer le taux de croissance pondérale des holothuries élevées sur ce site.
Notre hypothèse est que, malgré sa richesse en matière organique (environ deux fois supérieure à celle des autres sites), la nature de la couche superficielle du sédiment (granulométrie, compaction) limitait la capacité des holothuries à se nourrir correctement. Six parcelles expérimentales de 4 m² ont été mises en place au ceint des enclos :
- 2 parcelles ont fait l’objet d’un labourage du sédiment
- 2 parcelles ont fait l’objet d’un raclage de la couche superficielle du sédiment (5cm)
- 2 parcelles n’ont pas été travaillées et sont les parcelles témoins
Préparation et suivi des parcelles expérimentales
Dans chaque parcelle expérimentale, 50 holothuries ont été placées le 8 août 2009. Leur croissance pondérale est depuis suivie mensuellement. Les premiers résultats laissent apparaître une amélioration très significative des taux de croissance lorsque le sédiment est travaillé. 38 jours après le démarrage de l’expérience, le gain pondéral moyen par rapport aux parcelles témoins a été multiplié par près de 4 sur les parcelles avec labourage du sédiment et par près de 5 sur les parcelles avec élimination de la couche superficielle du sédiment. De moins de 0,20g/jour, le travail du sédiment a permis d’obtenir des taux croissance de plus de 0,80g/jour.
Compte tenu de ces résultats, les aquaculteurs de Fiherenamasay ont manifesté le souhait d’étendre l’utilisation de ces techniques expérimentales à l’ensemble de leur exploitation. Avant la deuxième livraison à Fiherenamasay survenue le 17 décembre, les aquaculteurs ont été encouragés à creuser 9 grandes vasques par enclos (soit 100 m² par vasque) dans lesquelles seront placés les juvéniles livrés (soit 50 juvéniles par vasque et par livraison).
Ultérieurement, d’autres hypothèses devront encore faire l’objet de protocoles expérimentaux afin d’en évaluer les effets. Il s’agit de :
- effet nuisible des toxines d’aplisia sur le comportement des holothuries
- effet limitant du recouvrement algal sur la croissance
3.2. Récapitulatif du système actuellement promu pour l’élevage d’holothuries en microfermes
3.2.1. Principes généraux
Le modèle de production standard promu actuellement combine l’ensemble des innovations mentionnées ci-dessus. Le dispositif matériel d’une exploitation se compose donc de :
- 1 enclos principal de 900 m² contenant :
- 1 enclos couvert de 25 m² pour les juvéniles de moins de 50g
- Plusieurs pièges à crabe dans et en-dehors du grand enclos (mais pas dans la pouponnière)
- De hottes tressées pour un ramassage plus efficace des algues (au moins deux)
- De brosses pour le nettoyage des clôtures (au moins deux)
- De gants et de légers harpons pour la chasse aux crabes
- 1 lampe torche (pour faciliter le gardiennage)
La conduite de l’exploitation recouvre donc les tâches suivantes :
- gardiennage de nuit
- nettoyage des clôtures (au moins une fois par cycle de vives-eaux)
- vérification et recharge en appât des pièges à crabes (le plus régulièrement possible, peu importe les marées)
- combinée avec une chasse régulière des crabes (aux marées basses de vives-eaux)
- aménagement du sédiment : arrachage des algues et, éventuellement, labourage du sédiment (en fonction des sites).
|
Matériels et intrants |
Prix unitaire |
Quantité par exploitation |
Prix total |
|
Enclos (80 m de clôture windanet ou filet) |
~ 4 000 MGA/m |
80 m/exploitation (si enclos jointifs) |
320 000 MGA |
|
Pouponnière (25 m²) |
4 500 MGA/m clôture 2 000 MGA/m² couvercle filet |
25 m² |
140 000 MGA (coût attendu) |
|
Piège à crabe simple |
3 800 MGA |
2 |
7 600 MGA |
|
Nasse à crabe |
18 000 MGA |
1 |
18 000 MGA |
|
Panier de ramassage d’algue |
2 400 MGA/pc |
2 |
4 800 MGA |
|
Brosse |
1 000 MGA/pc |
2 |
2 000 MGA |
|
Gants |
5 000 MGA/pc |
1 |
5 000 MGA |
|
TOTAL |
- |
- |
497 400 MGA |
Tableau 3 : récapitulatif des coûts d’infrastructures et de matériels
Les prix listés ici correspondent aux prix déjà obtenus ou que nous savons pouvoir obtenir d’ici peu de temps. L’objectif du projet à moyen terme est de trouver des solutions alternatives pour limiter ces coûts, particulièrement pour les clôtures (approvisionnement en filet plastique à bas prix) et les pièges à crabe.
Projections financières
Le système d’élevage actuel prévoit une livraison à crédit de 450 juvéniles par trimestre (prix d’achat pour l’aquaculteur : 360 MGA/juvéniles). Le matériel (infrastructure et outils d’entretien) est fourni par le projet mais doit faire l’objet d’une épargne en vue de le renouveler (caisse d’amortissement).
En prenant pour hypothèse un taux de survie de 80% et un délai de grossissement de 9 mois par lot, on peut envisager un chiffre d’affaire de 648 000 MGA/trimestre/exploitation (soit 2 592 000 MGA/an). En considérant le remboursement des juvéniles, les équipes peuvent espérer gagner 486 000 MGA/trimestre (soit 173 €/trimestre).
3.2.2. Quelques pistes pour une diversification des modes de production répondant mieux aux spécificités de chaque site
Comme le montrent les résultats des suivis des premiers cycles de production, il existe des différences très significatives entre les trois sites exploités, notamment en termes de taux de croissance et de biomasse seuil. Ces différences justifient des orientations stratégiques spécifiques débouchant sur la promotion de modes de production et de développement de l’aquaculture différant d’un site à l’autre.
Là où la croissance est très forte, à Sarodrano et à Andrevo, des modes de production plus intensifs pourraient être promus afin d’optimiser l’utilisation des infrastructures de production en place. Selon les premiers résultats, la durée de grossissement jusqu’à taille commerciale (350g) n’excéderait pas 8 mois en hiver (et même moins de 6 mois à Andrevo) et encore moins en été. Sous réserve que la production de juvéniles chez MH.SA puisse répondre à la demande, il pourrait être très intéressant d’opérer des livraisons à intervalle plus court (tous les 60 à 75 jours par exemple) ou de livrer des quantités d’holothuries plus importantes à chaque fois.
Là où les taux de croissance sont encore trop faibles, à Fiherenamasay, l’activité risque d’être moins rentable mais pas pour autant inintéressante. Des délais de 10 à 12 mois semblent être nécessaires pour obtenir des holothuries commercialisables. L’activité devrait rester intégrée aux stratégies économiques des ménages comme activité accessoire. Sur ce site, un mode de production plus extensif pourrait être envisagé, avec des enclos plus grands et/ou des cycles plus longs. Un travail du sédiment apparaît comme un préalable nécessaire au succès de ces exploitations. Il pourrait être pertinent d’y promouvoir un labourage total de l’enclos suivi d’un ensemencement massif (1000 à 1500 holothuries/enclos par exemple), de les conduire à taille commerciale, puis de recommencer un cycle similaire précédé d’un nouveau travail du sédiment (travail rendu difficile lorsque l’enclos est rempli d’holothuries, à réaliser entre deux cycles donc). Ce mode de production pourrait parallèlement permettre de limiter la charge de travail en concentrant l’effort de gardiennage sur les derniers mois de grossissement.
4. Phase 4 : Façonnage institutionnel et animation
Un projet s’inscrit nécessairement dans un contexte social, économique et institutionnel particulier. Comme nous venons de l’évoquer pour la mise en place de modèles de production spécifiques aux différents sites, les approches projet doivent être élaborées selon un processus itératif s’appuyant sur les spécificités de chaque environnement villageois (écologique, économique et sociopolitique). Ce processus oblige à suivre des trajectoires différenciées selon les sites, notamment en termes d’animation et de façonnage institutionnel.
4.1. A l’échelle villageoise
La présence de l’équipe dans chacun des villages représente en moyenne entre 3 et 6 jours par mois (essentiellement pendant les marées de vives-eaux pour les suivis) et varie en fonction des objectifs à atteindre et des travaux à réaliser. Chaque mission est l’occasion de poursuivre le suivi personnalisé de chaque exploitation et de leurs exploitants. Comprendre leurs motivations et leurs problèmes est au moins aussi important que de leur dispenser du conseil technique. Le contexte villageois dans lequel s’opère l’aquaculture est lui aussi très important à examiner de façon continue à l’occasion de chacune de ces missions.
Globalement, les aquaculteurs continuent d’être motivés. Signalons que la structure des équipes commence à évoluer (cf. tableau 4 ci-dessous). Dans certaines d’entre elles, les membres les moins mobilisés ont quitté l’exploitation. Dans ces équipes remaniées, la gestion de l’exploitation semble être assurée de façon satisfaisante. Signalons en ce sens le cas d’un aquaculteur de Fiherenamasay qui, après une séparation avec sa femme, gère désormais quasi seul et de façon satisfaisante son exploitation (avec une aide ponctuelle de son fils).
De plus, certains éléments des équipes aspirent déjà à prendre en charge leur propre enclos sans pour autant que des conflits internes ne les poussent à quitter leur équipe d’origine. En somme, les perspectives intéressent et le travail associé ne rebute pas. Ces éléments nous permettent de repenser la taille critique des équipes. Cependant, il reste à confirmer que le gardiennage est bel et bien assuré.
Enfin, de plus en plus de gens se déclarent intéressés pour démarrer cette activité (avec l’appui du projet) et attendent une phase d’extension. Clairement envisagée à notre niveau, cette phase d’extension reste conditionnée par la maîtrise de la mortalité (et de la croissance à Fiherenamasay) restant à démontrer.
Voici globalement l’évolution du corps des aquaculteurs en six mois, depuis le démarrage de l’activité jusqu’à aujourd’hui :
|
|
Nb d’équipes actives |
Nb moyen de membres par équipe |
Nb de ménages/équipe |
Nb moyen de femmes par équipe |
Nb de femmes chefs d’équipe |
Total d’actifs dans l’aquaculture |
|
Mars 2009 |
17 |
8 |
3 à 5 |
3 |
1 |
134 |
|
Sept. 2009 |
16 |
5,6 |
1 à 5 |
1,9 |
1 |
89 |
Tableau 4 : Evolution de la structure des équipes d’aquaculteurs
- On note que le nombre d’actifs dans une équipe tend à se réduire (de 8 en moyenne lors du montage des équipes à 6 après un semestre d’activité).
- Une équipe n’est plus active. Il s’agit d’une équipe de jeunes de Sarodrano qui avait dès le premier mois perdu la quasi-totalité de son cheptel. N’ayant pas eu le temps de se mobiliser pour déplacer leur enclos et construire une pouponnière (la planification des travaux et de la livraison avait été un peu précipitée), nous avons partagé leur lot de juvéniles déjà commandé entre les autres exploitants. Pour autant, dans la mesure où ils se remobilisent et réalisent le travail de réinstallation des enclos, il n’est pas exclu de leur refournir à nouveau des juvéniles.
4.1.1. Des situations villageoises différenciées
Chacun des trois villages d’aquaculteurs représente une situation particulière associée à des problématiques spécifiques. Voici résumées de façon synthétique les situations socio-organisationnelles par site :
|
|
|
Nb d’équipes actives |
Nb moyen d’actifs par équipe |
Nb moyen de femmes par équipe |
Nb femmes chefs d’équipe |
Total d’actifs dans l’aquaculture |
|
Sarodrano |
Mars 2009 |
5 |
8 |
3 |
1 |
39 (dont 20 femmes) |
|
Sept. 2009 |
4 |
6 (de 4 à 7) |
2 |
1 |
24 (dont 8 femmes) |
|
|
Fiherenamasay |
Mars 2009 |
5 |
8 |
3 |
0 |
41 (dont 17 femmes) |
|
Sept. 2009 |
5 |
3,2 (de 1 à 6) |
1 |
0 |
16 (dont 6 femmes) |
|
|
Andrevo |
Mars 2009 |
7 |
8 |
3 |
0 |
55 (dont 25 femmes) |
|
Sept. 2009 |
7 |
7 (de 4 à 9) |
2,4 |
0 |
49 (dont 17 femmes) |
Tableau 5 : Situation des équipes par village
Ces résultats se basent sur la mobilisation réelle des membres. Certaines équipes ont déjà officialisé le changement de la structure de leur équipe en informant l’équipe projet, d’autres, très logiquement, réorganisent leur équipe de façon informelle rendant leur suivi plus délicat.
Ces réagencements (abandon, exclusion ou remplacement) semblent se faire sans heurt et ne génèrent pour l’instant pas de conflit. Ils sont la conséquence de la démobilisation de certains membres pour cause de maladies fréquentes, de séparation du couple, du manque de présence en raison de l’implication exclusive dans d’autres activités de subsistance ou de la scolarisation. Ces modifications apparaissent d’autant plus importantes que les perspectives de rentabilité sont limitées (cf. le cas de Fiherenamasay).
Sarodrano :
Sarodrano est un très ancien village de pêcheurs comparativement aux deux autres sites. La maîtrise du territoire halieutique semble n’en n’être que plus forte, d’autant plus que les autres communautés de pêcheurs de la zone sont assez distantes et viennent peu à proximité des enclos. Le risque de vols perpétrés par des éléments extérieurs au village est donc moins prégnant.
Les quatre équipes encore actives coopèrent de façon très satisfaisante entre elles et avec le projet. Pas de conflit à signaler sur ce site.
Andrevo
Il y est toujours difficile d’organiser le travail avec les bénéficiaires de ce village. La cohésion est plutôt faible entre les équipes d’aquaculteurs. La réputation du village est d’ailleurs d’être un « cimetière à projets ». De plus, les espaces de pêche sont beaucoup plus partagés dans cette zone (grande baie de Ranobe) et la présence de pêcheurs d’autres villages travaillant à proximité des enclos est très fréquente. Les perspectives de conflits sont très présentes, tant entre aquaculteurs, qu’avec le reste de la communauté villageoise et les villages voisins.
Toutefois, l’intérêt des aquaculteurs va crescendo compte tenu des excellentes potentialités du site. Du fait des situations évoquées ici, la vigilance de chacune des équipes pour protéger les enclos semble renforcée. Deux conflits émergents liés à cette activité ont été réglés (l’un désamorcé, l’autre sanctionné aux termes d’une procédure locale de règlement … information à compléter à l’occasion des prochaines missions de suivi).
Fiherenamasay
A Fiherenamasay, la situation est sensiblement différente. Les perspectives de rentabilité sont plus limitées mais les équipes d’aquaculteurs font preuve d’une grande motivation. Ils savent que la croissance de leurs holothuries y est moins satisfaisante que dans les deux autres sites mais continuent d’être très intéressés par le caractère pilote du projet dont ils s’enorgueillissent. Ils s’impliquent de façon très volontaire dans les expérimentations et prennent même des initiatives en ce sens. Signalons que la plupart des aquaculteurs de ce village associe de longue date pêche, élevage et agriculture. Cette implication dans l’agriculture pourrait être un facteur favorisant leur persévérance dans l’aquaculture.
Toutefois, il faut noter que ce sont les femmes qui se démobilisent le plus significativement (de 3 femmes en moyenne par équipe à l’origine à une aujourd’hui), probablement en raison des perspectives de rentabilité limitée pour l’heure.
A l’échelle villageoise, cette activité n’a pas encore générée de conflit significatif et la sécurité des enclos peut être considérée comme satisfaisante. Il existe peu de villages à proximité et peu d’éléments extérieurs travaillent dans la zone.
4.1.2. De l’appui à la gestion financière des exploitations à l’autonomisation
Afin d’affiner la compréhension et l’appropriation des mécanismes et des logiques financières associés à cette activité, une fiche d’état financier est fournie à chaque équipe par le projet. Les projections sont basées sur les comptages mensuels et permettent d’initier au sein de chaque équipe une réflexion sur la rentabilité de leur exploitation. L’objectif est de favoriser l’esprit d’anticipation/planification des aquaculteurs en rappelant les recettes probables et les différents coûts auxquels sont soumises les équipes et leurs échéances attendues.
Mesures transitoires :
La responsabilité des équipes n’étant pas en cause dans les pertes massives subies lors du premier cycle de culture, nous avons choisi de prendre en charge 80% du coût initial du premier lot de juvéniles livré à chaque équipe, laissant donc seulement 20% à leur charge. L’amortissement du coût des enclos (100 000 Ar/récolte) a aussi été reporté à la récolte suivante afin de permettre une rentrée d’argent dès la première récolte et de renforcer l’intérêt financier des aquaculteurs pour poursuivre l’activité. Par contre, la contribution des aquaculteurs à la caisse villageoise est maintenue afin de matérialiser dès les premières recettes l’intérêt des communautés locales à garantir un bon déroulement des activités aquacoles sur leur territoire.
Deux projections financières ont donc été présentées à chaque équipe, l’une sans aide financière du projet, l’autre avec la prise en charge de 80% décidée pour compenser les pertes (cf. exemple en annexe). Cette double projection financière montre aux aquaculteurs le déficit qu’ils auraient dû subir sans compensation du projet. Il s’agit pour nous d’accroître la mobilisation des aquaculteurs afin d’assurer correctement les tâches essentielles (chasse et piégeage des crabes, entretien des enclos, gardiennage) en vue de limiter les pertes lors des prochains cycles de culture.
Dans ces conditions (mise en place d’aides transitoires), il est pour l’heure difficile de tester l’efficacité des mécanismes financiers mis en œuvre dans le cadre de l’aquaculture et d’évaluer leur correcte appropriation par les acteurs concernés.
4.1.3. Renforcement progressif des dina et sécurisation de l’aquaculture
Pour l’ensemble des trois sites, les dina (convention villageoise pouvant être légalisée par le tribunal) sont entre les mains des municipalités, celle d’Andrevo venant tout juste d’être validée par le maire. Elles sont donc prêtes à être soumises au tribunal en vue de leur légalisation.
Pour faciliter cette légalisation, il nous paraît intéressant que le Service Régional des Pêches légitime et appuie cette procédure auprès des autres pouvoirs publics (cf. charte, infra et annexe).
Par ailleurs, différentes actions sont en préparation afin de renforcer l’efficacité des dina :
- annonces radio informant de l’existence d’exploitations aquacoles et du dina
- animation dans les villages voisins sur les cadres régissant l’aquaculture
- animation au sein du village (avec les mareyeurs de concombres)
- mise en place d’une signalétique (panneau) informant les gens de passage
4.1.4. Mobilisation et logiques clientélistes
Nier qu’il existe une dimension clientéliste dans les rapports entre dispositif projet et populations bénéficiaires serait improductif et nuirait à la compréhension du processus d’émergence de l’aquaculture villageoise conduit par le projet. D’une façon générale, la venue d’un projet représente une rente potentielle pour les ruraux. Les bénéficiaires agissent en conséquence pour capter cette rente (sollicitation d’aides connexes à la réalisation des travaux, récupération/détournement de matériel, rente liée à la présence régulière de l’équipe et à la dépense de ses indemnités de mission).
L’expérience nous montre qu’il est très dur et pas forcément pertinent de rompre avec ces logiques par principe idéologique, d’autant que la mise en place de tels rapports clientélistes peut parfois être utile à l’atteinte des objectifs. Tout en cherchant à les limiter, certaines de ces pratiques ont été institutionnalisées dans le cadre du partenariat avec le projet. Dans ce domaine, chaque contexte est spécifique. Voici quelques exemples des pratiques qui se sont mises en place parallèlement aux activités du projet :
- Organisation à la demande des aquaculteurs d’une collation (café chaud) après les comptages/pesages nocturnes à Fiherenamasay [informel]
- Rituels divers (sacrifice, bénédictions, vakitany) [budgétisé et informel]
- Organisation d’un rima lors de la construction des infrastructures [budgétisé]
- « Arrosage » et engalia (pot de départ) lors de certaines étapes (construction enclos, livraisons juvéniles…) [informel]
- Utilisation du matériel projet hors du cadre de l’aquaculture (utilisation petromax pour veillées funéraires ; récupération de matériels non utilisables…) [informel]
- Transport de personnes en 4x4 lors des déplacements de l’équipe [informel]
Demandes non encore satisfaites (devant faire l’objet d’une réflexion) :
- T-shirt représentatif du corps des aquaculteurs
- Kapa pira (chaussures en pneu pour travailler en mer)
- « Arrosages » de certaines étapes du travail
- Récupération/appropriation de matériels encore utilisables
- Echanges d’expériences entre villages avec visites des autres sites exploités
- Organisation d’un festival des cultivateurs d’holothuries avec concours
Après avoir cherché à répondre de façon la plus égalitaire possible à ces sollicitations, la posture du dispositif projet évolue progressivement vers des appuis sélectifs en fonction de l’implication des aquaculteurs. Il s’agit de mettre en place des incitations positives à l’adresse des équipes les plus mobilisées, performantes et coopératives. En ce sens, des concours et des seuils à atteindre (production, taux d’élimination des crabes…) commencent à être proposés aux aquaculteurs pour obtenir satisfaction à leurs requêtes. En cadrant de cette façon les sollicitations des aquaculteurs, le but est de récompenser et d’encourager la mise en œuvre des bonnes pratiques d’exploitation au sein des équipes.
Notre stratégie consiste à profiter de la première vente d’holothuries pour recadrer et encadrer au mieux cette nécessaire dimension clientéliste. La première rentrée d’argent permet de responsabiliser les aquaculteurs en signifiant le changement de posture du projet.
4.1.5. Implantation de « relais locaux » pour le suivi et l’appui aux producteurs.
Nous avons depuis quelques mois mis en place des relais locaux afin de mieux évaluer les pratiques. Leur rôle varie selon les sites mais il s’agit globalement pour nous d’accroître nos moyens de suivi en ayant une vision plus précise des rôles de chacun, notamment en termes de gardiennage, et de renforcer l’utilisation du cahier d’exploitation dans les équipes.
Grâce à ce suivi quotidien, l’équipe projet peut recouper la véracité des informations contenues dans les cahiers. Nous pouvons ainsi baser notre appui personnalisé (conseil technique, récompense des bonnes pratiques, résultats des concours…) sur une vision plus juste de la réalité.
Pour Sarodrano, le relais choisi par le projet et validé par les aquaculteurs est membre d’une des équipes. Il est de loin le plus impliqué et le plus efficace dans cette activité. Bénéficiant de la confiance de ses pairs et de la notre, cet aquaculteur a toujours été le relais privilégié du projet sans avoir jusque là bénéficier de contreparties matérielles ou financières de notre part. Celui-ci assurera désormais le suivi des équipes en l’absence de l’équipe projet et sera autorisé à inspecter les enclos pour identifier les différents problèmes et besoins et, le cas échéant, mobiliser les équipes afin d’y répondre.
Pour Andrevo, le relais local sera une femme qui tient un petit commerce sur la plage depuis lequel elle peut observer les va-et-vient sur les enclos. Compte tenu du climat de méfiance qui règne dans ce village, elle a été choisie en dehors des équipes d’aquaculteurs et n’aura pas vocation à visiter les enclos. Son rôle sera circonscrit au suivi des équipes (nombre de visites, noms des actifs, travaux réalisés, nombre de crabes capturés, gardiennage nocturne…)
A Fiherenamasay, il ne nous a pas encore paru pertinent de mettre en place un relais formel compte tenu de la circulation jugée satisfaisante de l’information entre aquaculteurs et avec le dispositif projet. Certains éléments des équipes assurent déjà de façon spontanée ce rôle de suivi et de mobilisation.
4.1.6. Mise en place de structures locales de gestion
Le principe d’une cotisation des aquaculteurs versée dans une caisse pour le développement villageois ayant été validé, l’équipe projet doit désormais se donner pour mission d’accompagner la mise en place de comité villageois apte à prendre en charge la gestion de cette caisse. Ce travail n’a pour l’heure pas démarré.
Ce comité devra être structuré de façon à ce que son action soit légitime et ne génère pas de conflit. L’accent sera mis sur l’implication de représentants des différents groupes d’ayants-droit et l’instauration de principes d’organisation socialement acceptables. Il sera important que le rôle de l’équipe ne soit pas trop dirigiste dans ce processus ; charge à la communauté villageoise d’animer le débat qui se doit d’être et d’être force de proposition.
4.2. Commercialisation des produits et structuration de filière
Fin 2009, les deux premières ventes d’holothuries ont pu être réalisées dans les villages d’Andrevo (128 pièces vendues le 18/10/2009) et de Sarodrano (213 pièces vendues le 6/11/2009). Un représentant de MH.SA a assuré l’achat et l’évacuation des produits. Cette commercialisation marque une étape importante avec les premières rentrées concrètes d’argent pour les aquaculteurs et l’instauration d’un dialogue continue avec l’opérateur privé sur l’ensemble du cycle de production allant de la livraison des juvéniles au rachat des adultes.
Les gains par équipes et par individus étant pour l’instant limités, il a été choisi de repousser l’application des mécanismes de remboursement et d’amortissement aux prochaines récoltes.
Jusqu’alors, les prix étaient fixes à 1800 Ar/pièces. Toutefois, il est prévu qu’en 2010 les prix soient ajustés au calibre et adaptés aux prix actuels du marché des holothuries sauvages.
Notons que les premiers vols sont survenus à Fiherenamasay et Andrevo. Seul celui de Fiherenamasay a pu être résolu (voleur identifié et issue consensuelle trouvée). Les interférences avec les filières commerciales d’holothuries sauvages sont une réalité qu’il faut maîtriser au plus vite.
4.3. Synergies institutionnelles et partenariats
A l’échelle régionale, le développement de la filière holothuricole mobilise une grande diversité d’acteurs. Les interférences qui risquaient de découler de leurs activités respectives ont justifié la tenue d’une série de réunions ayant débouché en septembre sur l’élaboration concertée d’une charte clarifiant les champs d’intervention de chacun (cf. annexes).
Voici les points qui affectent directement les activités du projet TMD – DéFi Zanga :
- A compter du mois de novembre, l’équipe a accueilli deux étudiants en master 1 à l’IH.SM pour la réalisation de stages d’une durée de trois mois. Des conventions de partenariat relatives à la réalisation de ces stages ont donc été passées entre TMD et l’IH.SM. TMD prend en charge tous les frais relatifs aux missions et aux expérimentations réalisées par les deux étudiants et l’IH.SM assure leur encadrement scientifique. Un sujet concerne l’étho-écologie des crabes prédateurs et l’autre la caractérisation des potentialités aquacoles des différents milieux via l’identification de bio-indicateurs.
- Le PACP qui, via l’IH.SM, venait de lancer son programme de vulgarisation de l’holothuriculture, va désormais se recentrer sur des activités de recherche appliquée et laisser le rôle de vulgarisateur aux deux ONGs déjà à l’œuvre dans le domaine. Il est ainsi convenu que les deux ONGs assurent la continuité du travail déjà effectué par le PACP avec les aquaculteurs. L’implantation de 4 exploitations déjà initiée sur le site d’Ankilibe sera donc désormais poursuivie par l’équipe TMD. Le PACP concentrera désormais ses activités sur la capitalisation d’expériences scientifiques, en concertation avec les deux ONGs qui exprimeront leurs besoins et attentes, en vue d’améliorer collectivement la connaissance et les techniques pour l’holothuriculture.
- Le Service Régional des Pêches s’engage à prendre le leadership pour la mobilisation des différents pouvoirs publics afin d’appuyer la mise en place d’un plan de sécurisation de l’aquaculture. Plusieurs niveaux de sécurisation devront être envisagés : lutte contre les vols et renforcement des dina ; régulation des rapports fonciers liés à l’aquaculture ; gestion de la ressource « bois » (prélèvement de piquets).
Globalement, la situation sur le plan des synergies institutionnelles ne nous a jamais paru aussi favorable qu’aujourd’hui. Charge à nous d’entretenir ces dynamiques.
5. Rapport financier annuel
Ce rapport est établi sur la période du 5 septembre 2008 au 31 décembre 2009. Le détail des opérations financières de ce projet est fourni dans le fichier « accountancy cfp1 TMD.xlsx ».
5.1. Situation de trésorerie au 31/12/09
|
Comptes de trésorerie |
Montant MGA* |
Montant EUR* |
|
Régie de terrain |
6 810 065,95 |
2 473,11 |
|
Compte banque en Ariary |
26 905 142,46 |
9 770,76 |
|
Compte banque en Euros |
48 422 759.40 |
17 585,00 |
|
Trésorerie totale disponible |
82 137 967,81 |
29 828,87 |
*Taux de change (dernière cession devises) : 1€ = 2 753,64 Ar
5.2. Situation budgétaire au 31/12/09
|
Bdgt |
Description |
BUDGET ARIARY |
EXPENSES ARIARY |
SOLDE ARIARY |
|
1 |
Human Ressources |
148 890 000,00 |
67 898 805,31 |
80 991 194,69 |
|
2 |
Travel |
18 060 000,00 |
5 785 105,75 |
12 274 894,25 |
|
3 |
Equipment and supplies |
143 810 000,00 |
70 927 602,80 |
72 882 397,20 |
|
4 |
Local office/Project costs |
18 720 000,00 |
9 401 099,38 |
9 318 900,62 |
|
5 |
Other costs, services |
22 300 000,00 |
5 858 580,17 |
16 441 419,83 |
|
6 |
Other |
0,00 |
0,00 |
0,00 |
|
7 |
Subtotal Direct Eligible Costs (1-6) |
351 780 000,00 |
159 871 193,41 |
191 908 806,59 |
|
8 |
Provision pour imprévus (maximum 5 % de 7, sous-total des coûts directs éligibles de l'Action) 3% |
10 553 400,00 |
0,00 |
10 553 400,00 |
|
9 |
Total cout direct de l'action (7+8) |
362 333 400,00 |
159 871 193,4 |
202 462 206,59 |
|
10 |
Coûts administratifs (maximum 7 % de 9 - total des coûts directs éligibles de l'Action) |
25 363 338,00 |
11 189 408,00 |
14 173 930,00 |
|
|
|
7,00% |
7,00% |
|
|
11 |
Total des coûts éligibles (9 +10) |
387 696 738,00 |
171 060 601,41 |
216 636 136,59 |
5.3. Situation de cofinancement au 31/12/09
|
Bdgt |
Description |
BUDGET ARIARY |
EXPENSES ARIARY |
SOLDE ARIARY |
|
1 |
Human Resources |
|
|
|
|
104 |
Assistant technique |
79 180 000,00 |
42 975 437,47 |
36 204 562,53 |
|
|
Subtotal 1 |
79 180 000,00 |
42 975 437,47 |
36 204 562,53 |
|
2 |
Travel |
|
|
|
|
201 |
2.1. Voyages internationaux |
12 360 000,00 |
4 298 505,75 |
8 061 494,25 |
|
202 |
2.2. Trajets locaux |
5 700 000,00 |
1 486 600,00 |
4 213 400,00 |
|
|
Subtotal 2 |
18 060 000,00 |
5 785 105,75 |
12 274 894,25 |
|
3 |
Equipment and supplies |
|
|
|
|
302 |
3.2 Mobilier, matériel d'ordinateur |
5 200 000,00 |
4 384 965,43 |
815 034,57 |
|
304 |
Matériel de construction des parcs de grossissement |
21 210 000,00 |
9 911 222,37 |
11 298 777,63 |
|
|
Subtotal 3 |
26 410 000,00 |
14 296 187,80 |
12 113 812,20 |
|
5 |
Other costs, services |
|
|
|
|
503 |
5.8 Actions de visibilité |
5 200 000,00 |
1 251 000,00 |
3 949 000,00 |
|
|
Subtotal 5 |
5 200 000,00 |
1 251 000,00 |
3 949 000,00 |
|
|
|
|
|
|
|
7 |
Subtotal Direct Eligible Costs (1-6) |
128 850 000,00 |
64 307 731,02 |
64 542 268,98 |
5.4. Remarques :
5.4.1. Réaffectation budgétaire
En date du 7 décembre 2009, il a été accepté de prolonger la durée de mise en œuvre du projet jusqu’au 23 mars 2011 et d’en modifier le budget. La version du nouveau budget réaffecté est disponible en annexe 7.
5.4.2. Avance de fonds
L’association TMD prépare l’avancement de fonds évalué à 19 996 €, comme stipulé dans la convention de partenariat PROGECO/TMD n° 256.
5.4.3. Cofinancement
Le cofinancement est exécuté à 50% au 31 décembre 2009 par la prise en charges de dépenses effectuées en euros sur son compte France.
Conclusion : bilan et perspectives
Cette première année d’activité, dont seulement neuf mois de culture à proprement parler, aura permis d’identifier les principales problématiques et de préciser les techniques de cultures. La connaissance des villages et des bénéficiaires a constitué une étape essentielle de la mise en œuvre du projet afin d’assurer au mieux l’intégration de l’équipe et des activités nouvelles dans chaque environnement socioéconomique propre à chaque village. Elle continue toujours d’être une préoccupation importante de l’équipe projet. Sur le plan aquacole, si la rentabilité des exploitations est toujours limitée, les avancées ont été nombreuses. Aussi, la capitalisation des premières expériences, la hiérarchisation des problèmes rencontrés et la validation de solutions à certains d’entre eux nous amènent-elles à définir de nouvelles perspectives de travail pour l’année à venir.
Bilan 2008/2009
Concernant les fermes pilotes déjà mises en œuvre, on peut considérer que sur 16 exploitations encore en activité, une d’elles donne déjà des résultats très satisfaisants (survie > à 70% et forts taux de croissance) et que trois autres donnent des résultats très encourageants pour la suite. Pour les autres exploitations, la rentabilité est encore loin d’être atteinte et l’année 2010 sera déterminante pour envisager la poursuite ou non de l’aquaculture pour chacune de ces équipes.
Par ordre d’importance, les facteurs identifiés comme affectant la viabilité des exploitations sont :
- La prédation (crabes) responsables de la majorité des pertes
- La qualité et la vigueur des holothuries lors de la livraison
- Le vol des individus commercialisables
Ces constats ont débouché sur la mise en œuvre de différentes réorientations techniques et organisationnelles présentées dans ce rapport telles que les pouponnières, le choix de nouveaux matériaux pour la construction des clôtures, le labourage, le renforcement des synergies institutionnelles avec les partenaires publics et privés etc…
Perspectives 2010-2011
Signalons d’abord qu’un recadrage budgétaire et une extension de six mois de la durée d’activité ont été accordés au projet afin de lui permettre de mieux répondre aux défis qui s’annonce.
Pour l’année à venir, le projet s’est fixé comme objectif prioritaire la maximisation des profits tirés de cette activité afin de prouver aux yeux des acteurs ruraux comme des partenaires que l’aquaculture est une activité rentable dont la mise en œuvre est à la portée des ruraux. Il s’agira donc d’appuyer les meilleurs aquaculteurs et d’écarter les moins efficaces afin d’éviter qu’ils ne s’engagent dans une spirale de surendettement d’ici l’issue du projet.
Les résultats des premiers cycles de culture nous ont montré que les problèmes de mortalité et de vols étaient encore loin d’être résolus. L’optimisation des profits des aquaculteurs ne peut passer que par une maîtrise de ces deux facteurs. La recherche de solutions techniques adaptées reste donc une priorité. Il s’agit principalement de :
- Identifier les biomasses critiques propres à chaque site
- Adapter les tailles de pouponnières et d’enclos en fonction de ces biomasses
- Identifier le besoin de repos du sédiment (jachère) pour régénérer sa capacité productive
- Mettre en place des cabanes sur pilotis à proximité des enclos afin de servir de mirador aux équipes pendant le gardiennage.
Parallèlement, la maîtrise et l’appropriation par les bénéficiaires des mécanismes financiers liés à l’exploitation aquacole est un des enjeux majeurs qu’il nous faut désormais traiter de façon prioritaire. Les premiers remboursements de juvéniles devraient avoir lieu dès le mois de janvier. L’amortissement des charges sera aussi un aspect central du processus d’autonomisation. Une institution de micro finances et d’épargne a été sollicité pour fournir un service d’épargne aux aquaculteurs.
Notons encore que le principe des contributions compensatoires alimentant des caisses villageoises continue de nous apparaître pertinent comme il semble aussi l’être au sein des communautés concernées. Un important travail d’animation et de concertation doit alors être mené afin de façonner les institutions et les procédures qui garantiront une utilisation bénéfique des sommes générées. Là encore, les services d’institutions de micro finances et d’épargne nous paraissent intéressantes à mobiliser.
Enfin, à moyens termes, MH.SA, le partenaire privé producteur des juvéniles et acheteurs de la production des aquaculteurs, prévoit une multiplication par 15 de sa capacité de production. Ces perspectives signifient qu’un besoin important de prospection et d’encadrement technique sera bientôt nécessaire afin d’étendre les dispositifs de production le long du littoral ; charge à nous durant les mois à venir d’appuyer l’opérateur privé pour formaliser un plan d’action efficace pour mettre en œuvre cet accompagnement des futurs producteurs. De plus, au regard de l’hétérogénéité des résultats entre les sites de culture, nous sommes amenés à penser qu’un important besoin de recherche doit être fournit afin de formaliser une méthode d’identification des bons sites de culture.
Documents joints:
Rapport annuel DéFi Zanga_Document complet.pdf
Autres publications, articles et reportages en lien avec le projet:
La newsletter du ProGeCO:
- Réunion à Toliara contre le vol d'holothuries
- Présentation PowerPoint sur la culture d'holothuries dans le Sud-ouest de Madagascar
RTL.fr:
Bulletin d'information "La Bêche de Mer":
Manuel d'holothuriculture |
Promotion de micro-fermes villageoises d'élevage en milieu naturel de "concombre de mer"






















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