A voir et à savoir

fév 10, 2009

Récit d'une expérience de stage...


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Depuis maintenant près de 9 mois, Trans-Mad compte dans son équipe à Madagascar, un jeune stagiaire débarqué tout droit de Lyon. C'est la deuxième année de suite où Brice vient sur l'île au sein de l'association pour parfaire sa formation.

Il était donc nécessaire qu'il se présente. Cependant, plus qu'une présentation, il s'agit avant tout du condensé des sensations et des expériences nouvelles que Brice a pu vivre au cours de ces quelques mois passés à Madagascar, qu'il a tenu à nous présenter ici...

Catégorie : A voir et à savoir
Posté par : webmestre

Stagiaire pour Trans-Mad depuis le 14 mai dernier, il fallait bien qu'un jour ou l'autre je me présente, d'autant qu'il s'agit là de mon deuxième stage au sein des locaux de l'association à Madagascar.

Je me lance donc : dans un premier temps j'ai suivi un parcours universitaire qui m'a conduit à l'obtention d'une licence Administration Economique et Social. Mais durant ces trois ans, je n'ai jamais été réellement convaincu de l'issue ni même de l'apport personnel que ce type de formation pouvait m'offrir. C'est pourquoi j'ai choisi par la suite de la compléter en intégrant l'Ecole Internationale de Commerce et Développement 3A à Lyon. Cette école m'a tout de suite attiré par son cursus orienté vers l'international et plus particulièrement vers les trois continents d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Elle m'a en outre permis de découvrir ma voie et de me familiariser avec les métiers du développement et le milieu qui les entoure. En effet, de nos jours le développement n'a plus selon moi le même impact ni les mêmes enjeux qu'il y a quelques années. Il ne s'agit plus seulement de se sentir engager et d'arriver plein de bonne volonté ; le travail est devenu plus rigoureux, plus complexe, les méthodes ont évolué, les procédures également. C'est donc pour tenter de comprendre tous ces mécanismes que j'ai cru bon d'intégrer cette école. Mais après 2 ans, mes illusions se sont vite dissipées et j'ai compris que je ne pourrais jamais en apprendre plus qu'en intervenant directement sur le terrain.

J'avais déjà une expérience de l'étranger et notamment de Madagascar, pour y avoir suivi mon père pendant plusieurs années alors qu'il était encore coopérant. Le fait d'avoir grandi à l'étranger pendant près de 15 ans a probablement influé sur mes décisions puisque j'ai toujours ressenti le besoin de repartir, et d'aller moi-même à la rencontre de ces cultures que nos intervenants tentaient de nous présenter sur un tableau. Heureusement la totalité du cursus n'a pas été à l'image de ce dernier exemple et j'ai quand même eu la chance de partager les expériences et le vécu de plusieurs acteurs du secteur. J'ai ainsi pu saisir certains concepts qui m'étaient jusqu'alors inconnus. Qui plus est, la formation prévoyait également deux stages à effectuer à l'étranger en deux ans, ce qui pour moi était l'occasion de m'assurer que c'était vraiment ce pour quoi je voulais m'investir.

C'est ainsi qu'en juillet 2007, j'ai fait la connaissance de Trans-Mad pour mon premier stage d'une durée de trois mois. Cela a vraiment été pour moi une expérience enrichissante, tant sur le plan humain que professionnel. C'était aussi l'occasion de revenir dans ce pays que j'avais quitté avec mes yeux d'enfant 8 ans auparavant. Mais cette fois je revenais dans un but différent, celui de m'investir dans une cause juste à mes yeux et d'apporter à un pays qui m'avait déjà tant donné.

Dès ma sortie de l'aéroport j'ai été saisi par les couleurs et les odeurs qui m'entouraient et qui me rappelaient en un sens mon enfance. L'objectif était donc double pour ces trois mois de stage : faire connaissance avec la structure, son mode de fonctionnement et les personnes qui la composent et redécouvrir l'île, ses habitants et leurs coutumes. J'ai en plus eu la chance d'accompagner Gregory pendant une bonne partie de mon séjour alors qu'il mettait en place le chantier de l'Alliance Française. Cette installation nous a entrainés de Tana à Sainte-Marie en passant par Tuléar. A chaque ville je découvrais de nouveaux locaux mais aussi de nouveaux collègues, chacun travaillant sur des projets différents. Cette diversité, tant dans les domaines d'activités que dans les personnalités m'a tout de suite plu. J'ai également été séduit par la pluralité ethnique des salariés malgaches qui composent l'association : Betsileo, Merina, Vezo, Betsimsaraka... tous œuvrant dans un seul et unique but commun, le développement de leur pays. Quand on connaît l'étendue de l'île et donc l'étendue des cultures et leurs différences, on ne peut qu'être agréablement surpris de voir que toutes les querelles ancestrales arrivent à être surmontées lorsqu'il s'agit d'atteindre un objectif commun fédérateur. Cependant il serait idéaliste d'affirmer que c'est toujours le cas. Dans certaines régions où les coutumes pèsent encore lourdement, il est déjà arrivé que des villageois refusent catégoriquement un projet, de peur que le changement opéré influe de manière négative sur le mode de vie auquel ils sont habitués depuis parfois plusieurs décennies. D'où l'intérêt de l'approche participative que Trans-Mad s'est fixé pour la mise en œuvre de ses projets. Ainsi, un projet ne sera entrepris que si d'une part il existe une réelle demande et si d'autre part, les bénéficiaires sont prêts à s'investir à hauteur de leurs moyens. On évite alors de tomber dans une sorte de politique d'assistanat qui selon moi lèse les fondements mêmes du développement.

A la fin des trois mois, j'avais déjà appris un certain nombre de choses totalement nouvelles pour moi, notamment sur la manière de travailler ici. Malheureusement le délai trop court ne m'a pas permis de mettre en application ce que j'avais pu observer, si bien qu'à la fin je suis reparti avec un sentiment d'inachevé mais surtout une réelle volonté de revenir l'année suivante pour mon stage de fin d'études, qui cette fois allait durer 9 mois.

C'est ainsi que le 14 mai 2008, après un retour en France de quelques mois pour y passer mon diplôme, je suis revenu à Trans-Mad. Mes objectifs étaient cette fois différents. Bien sûr il y avait toujours cette quête de connaissance mais en plus, je disposais cette fois de suffisamment de temps pour réellement m'investir dans le fonctionnement de l'association et mettre en application ce que j'avais pu apprendre de mes expériences passées. Mais cela, je n'aurais pu le faire sans Frédéric Macquet qui a su m'accorder sa confiance et déceler le potentiel qui se cachait en moi.

A partir de là, les missions qui m'ont été confiées étaient à l'image de ma formation : diversifiées. Dans un premier temps, j'ai travaillé sur la mise à niveau du site internet. Beaucoup d'articles et de rapports n'avaient pas pu jusqu'alors être mis en ligne, faute de personnel pour s'en occuper. Je n'avais jamais travaillé sur la gestion d'un site internet, et encore moins sur tous les aspects de mise en ligne d'articles mais je voulais vraiment essayer d'en saisir les subtilités. Après tout, j'étais aussi là pour apprendre. Je dois reconnaître que cela n'a pas été simple dès le départ, mais très vite j'ai commencé à saisir les ficelles du langage HTML et j'ai pu apprendre à maîtriser les différents logiciels utilisés, si bien qu'au bout de quelques semaines j'ai pu proposer de nouveaux articles à la publication. Pour être tout à fait honnête, il s'agit d'un travail long et fastidieux mais qu'il est cependant nécessaire d'effectuer. La communication joue en effet un rôle très important au sein d'une structure telle que Trans-Mad, et de nos jours le meilleur outil pour communiquer reste internet. Le site constitue une réelle vitrine pour l'association et il permet à des milliers de personnes de suivre les activités mises en œuvre sur le terrain c'est pourquoi il est primordial de le tenir à jour.

La gestion du site n'a pas été ma seule activité. Plus tard on me confiait la supervision d'un projet. Il s'agissait du projet de construction de puits dans la commune rurale d'Ampahimanga sur lequel je suis intervenu pour appuyer N'jaka, le technicien hydraulique en charge des opérations. J'ai vraiment vécu cette expérience pleinement, avec ses hauts et ses bas mais j'ai surtout rencontré une personne qui depuis est devenu un réel binôme. Au début, il nous a fallu un certain temps pour apprendre à se connaître et découvrir les méthodes de travail de chacun, mais à force de missions sur le terrain des liens forts ont pu se créer sur la base de l'échange et du partage. Cependant il est vrai que je n'étais pas très à l'aise en arrivant sur le projet. En effet, ce dernier avait déjà débuté depuis quelques mois et il m'a fallu y trouver ma place. Je me demandais ce que je pouvais apporter, ne disposant d'aucunes compétences techniques et il me semblait que l'on se débrouillait déjà très bien sans moi. Les premières missions m'ont tout d'abord servi d'apprentissage aussi bien sur le plan technique où j'avais beaucoup à apprendre que sur le plan humain. Après plusieurs missions, N'jaka et moi avions créé une véritable relation de travail dont le point central était la communication. Pour moi il était essentiel qu'il y ait un débat avant chaque action et que les opinions de tout le monde soient exprimées. Chacun possède son idée et l'exprime pour qu'au final la meilleure solution soit retenue. Il s'agit d'un mode de management comme un autre, mais c'est celui que nous avions fixé et qui semblait le mieux adapté à la situation et aux personnalités. Dans l'ensemble, le projet s'est bien déroulé et chaque mission était différente et m'apportait encore plus sur le plan professionnel que la précédente. Mais partir en brousse m'a aussi beaucoup apporté sur le plan humain. Se retrouver là, dans un total dépaysement, loin de tous les repères que l'on a pu nous inculquer depuis notre tendre enfance est une réelle expérience que je souhaite à tout le monde de pouvoir vivre. Rencontrer ces personnes qui ont si peu mais qui donnent tant nous force obligatoirement à réfléchir sur notre condition. S'il y a bien une chose que je n'oublierais jamais c'est la générosité de ces gens qui nous ont accueillis chez eux les bras ouverts et qui nous ont offerts tout ce qu'ils étaient en mesure de donner. Mais ce qui m'a le plus ému, c'est lorsque le chef d'un des villages où l'on était intervenu est venu nous voir mon collègue et moi avec son jeune fils, juste après l'inauguration du projet. Les deux tenaient dans la main une petite enveloppe, qu'ils nous ont tendue, gênés, en nous remerciant de ce que l'on avait fait pour eux. Plus tard en rentrant chez moi, j'ouvrais l'enveloppe pour y trouver un billet de 1000 Ariary (l'équivalent de 40 centimes d'euros). Cette somme peut paraître dérisoire mais comparée aux revenus de la famille elle prend tout de suite une autre ampleur, et le geste ne peut alors que toucher.

Fort de cette première expérience, j'ai par la suite été amené à reprendre le suivi du projet d'électrification solaire du point de vente agricole d'Ambatolaona, dont Gregory s'occupait auparavant. Ayant été affecté à un autre projet, il a donc été contraint de m'en transmettre les rênes. Cependant l'essentiel du travail avait déjà été effectué et il ne me restait plus qu'à contrôler l'installation réalisée par les techniciens du fournisseur solaire. Contrairement au précédent projet, celui-ci a été très bref dans sa mise en œuvre et seules deux missions sur le terrain ont été menées. Je ne m'étendrais donc pas sur ce point.

Pour finir, changement total de milieu. Après les missions en brousse, je me suis retrouvé propulsé dans les « hautes sphères » pour y représenter l'association. J'ai donc assisté à plusieurs réunions d'échange dont le thème principal tournait autour de l'accès à l'eau potable, grand credo du gouvernement malgache. Parmi toutes ces réunions, celle qui m'a le plus marqué restera le dialogue présidentiel organisé par le gouvernement pour fixer les objectifs à atteindre en matière de développement pour l'année 2009. Pour la première fois de ma vie, je pouvais voir comment se décidait l'avenir d'un pays. Je dois avouer, mais cela n'engage que moi que j'ai été réellement surpris. Lors des ateliers de travail organisés dans le cadre de cette réunion, les objectifs par secteur ont été définis en présence de l'ensemble des acteurs y intervenant. Seulement il m'a semblé que ces objectifs étaient fixés sans prendre en compte les réalités du terrain, si bien que certains d'entre eux paraissait totalement irréalisables. Qui plus est, il m'a semblé que les idées fusaient sans grande cohérence, si bien qu'après un après-midi entier de travail et de débats, je n'ai malheureusement pu constater aucune grande avancée par rapport à ce qui avait été initialement fixé dans le programme du MAP. Je dois donc avouer que je suis ressorti de cette journée légèrement dépité, mais peut être y étais je allé avec trop d'idéaux. Je ne pense pas que ce soit propre au pays, comme souvent il s'agit avant tout de politique et comme dans tout, il y a du bon comme du mauvais. Ce n'est cependant pas pour cette raison qu'il faut baisser les bras, il faut savoir tirer le meilleur parti de chaque chose. La politique et le développement sont et seront toujours étroitement liés ; à nous, simples acteurs, d'agir en conséquence...

Cela fait maintenant huit mois que je suis à Madagascar, dans un mois je dois retourner en France. Une chose est certaine, ce stage m'aura conforté dans mon envie de continuer dans ce sens et d'apporter à ma manière ma pierre à l'édifice. Si je le peux je reviendrais car il reste encore beaucoup à faire...

 

Brice Perantoni, stagiaire 3A

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Tranche de vie en pays Androy 

 

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