Trans-Mad' Développement
Association de solidarité internationale et
de développement culturel local


Le Comptoir régional du sel de Tuléar - La vie du projet

 
Phase d’identification et premier cycle d’appui socio-organisationnel (15 juillet 2005)

La phase d’identification - rencontres individuelles avec les producteurs

Rappel rapide du contexte de la production salicole à Tuléar :

La production de sel sur le bassin de Tuléar est répartie sur deux zones Ankiembe au sud et Ambohitsabo au nord de la ville ainsi que sur Ifaty (à une vingtaine de kilomètres au nord de Tuléar).
Une quarantaine d’exploitations se partage la production du sel et ce à des degrés et caractéristiques différents. Le bassin de Tuléar produit plus de 25% du sel consommé à Madagascar (soit entre 25000 et 30000 tonnes annuellement).

Objectifs de cette phase d’identification :

  • dresser une typologie de la filière, une « photographie », un état des lieux
  • identifier les acteurs clefs de la filière, les personnes ressources
  • mettre à jour les freins potentiels à la mise en place du projet
  • connaître les héritages des précédents appuis
  • identifier les conflits internes aux producteurs de sel
  • recueillir les doléances
  • rencontrer individuellement tous les producteurs de sel membres des coopératives (Co.Pro.Set et Co.Sa.To) ainsi que les sauniers indépendants par la suite.

L’objectif de cette phase d’identification est de sortir un état des lieux de la filière à un instant « t », c’est-à-dire le début du projet d’un point de vue opérationnel. Il sera ainsi rédigé un rapport d’identification.
Cette photographie et ce rapport (qui comportera des données, leur analyse) serviront par la suite (dans le cadre de futures recueils de données) à évaluer les évolutions de la filière dans le cadre du Co.Re.SEL.

Moyens de la phase d’identification :

  • Une rencontre individuelle avec tous les producteurs membres des coopératives partenaires du projet et, in extenso, des producteurs indépendants. Cet entretien dure en moyenne 90 minutes et est mené par le conseiller administratif et commercial, le conseiller technique et l’animateur local (assurant la traduction et les éclaircissements nécessaires) appuyés ponctuellement par le coordonnateur.
  • L’entretien est basé sur une fiche d’identification articulée autour de différents points (état-civil, historique / foncier, socio-professionnel, technique, production, administratif / juridico légal, ressources humaines, commercialisation, gestion).
  • La gestion du calendrier de rencontres est déléguée aux coopératives partenaires par l’intermédiaire des personnes relais déjà identifiées.
  • La retranscription manuscrite et informatique des données recueillies avec une garantie de confidentialité des informations transmises par les interrogés.
  • La rédaction d’un rapport à la fin de la phase ainsi que la mise en place d’une base de données.

Premières remarques à mi-parcours (17 entretiens réalisés) de la phase d’identification :

 Lors de la majorité des entretiens réalisés, les producteurs se sont avérés attentifs et disponibles. Ils avaient préparés l’entretien en rassemblant les informations administratives demandées.

  • Les diverses données techniques et relatives à la production sont à vérifier lors d’une visite sur site. Les producteurs rencontrés ayant quelquefois tendance (volontairement ou par méconnaissance et omission ?) à transmettre des informations erronées ou vagues (dimensions des bassins...). Les chiffres transmis à l’équipe projet au sujet des capacités de production sont basés, dans une partie des entretiens, sur des évaluations du producteur et dans peu de cas sur des données vérifiables.
  • En matière de commercialisation, certains producteurs semblent naturellement enclins à ouvrir la liste de leurs clients au Co.Re.SEL. Il s’avèrera nécessaire de re-fixer des rendez-vous ultérieurement afin d’approfondir ce point particulier et de commencer individuellement et collectivement à définir une politique d’approche commerciale du marché. Il sera alors opportun de mettre en place une étude de marché ultérieurement.
    D’autre part certains producteurs préfèrent mettre leurs « fichiers clients » à disposition du Co.Re.SEL à la suite de la construction des hangars de iodation et de fluoration (c’est-à-dire à partir du mois de septembre). Cette démarche est légitime et ne remet, à première vue, pas en cause les implications de ces producteurs au projet.
    Les démarches commerciales envers les clients sont effectuées de manière diverses selon le producteur et de son « goût » pour la chose commerciale et de sa nécessité ou non de disposer de revenus rapidement (surtout chez les plus petits producteurs). Certains cherchent à vendre le plus rapidement, d’autres ont une vision à plus ou moins long terme et cherchent à avoir une influence sur le marché et les cours du sel.
    Les transactions commerciales s’effectuent de différentes façons suivant les producteurs et les caractéristiques de production. Il apparaît que le téléphone est un outil primordial pour recevoir les commandes. Autrement des démarcheurs, des collecteurs et des transporteurs vont à la rencontre des producteurs pour négocier et effectuer les transactions. Même dans le cas de clients réguliers, l’équipe projet n’a pas recueilli d’informations révélant l’existence de contrat écrit entre producteur de sel et acheteur.
  • Du point de vue administratif et foncier, nous observons différentes situations. Cette hétérogénéité révèle des freins institutionnels ou au contraire certains privilèges (des points historiques voire ethniques rentrant alors en compte). Il sera nécessaire de recouper les différentes informations recueillies et fournies par les producteurs avec les différents services en question.
    Les producteurs rencontrés disposent de plus ou moins de documents juridiques nécessaires à une formalisation complète. Foncièrement ils travaillent sur des terrains domaniaux.
    Leurs situations et existences légales en tant qu’entrepreneurs/artisans sont floues et demandent un appui du CoReSEL auprès des autorités.
  • Le point des ressources humaines est à mettre en lien avec la taille et les capacités de production des différents producteurs rencontrés.
    Il s’avère que l’équipe d’enquête n’a rencontré, pour l’instant, aucun producteur ne déclarant ses salariés, ceux-ci étant payés à la tâche (l’équipe a recueilli les données financières). On peut évaluer le salaire moyen quotidien d’un employé à 3000 Ariary (soit un peu plus d’1 euro).
    Le nombre de salariés est variable, allant d’aucun salarié chez les producteurs les plus petits à une quarantaine de tâcherons en haute saison chez les producteurs les plus importants. L’emploi d’une main-d’œuvre féminine s’effectue seulement sur le site d’Ankiembe (pour la récolte).
  • Pour ce qui concerne la comptabilité et la gestion des productions rencontrées, il faut remarquer la quasi-inexistence de données et d’outils à part chez certains rares producteurs (très limité). La plupart des producteurs n’ont aucun document comptable et gardent tout « en tête ». Le premier cycle de formation « approche de la comptabilité et de la gestion » a ainsi permis de sensibiliser et de fournir les premières bases.

 L’équipe projet a ainsi pu noter l’hétérogénéité de la condition de producteurs de sel sur le bassin de Tuléar. De par la diversité des informations recueillies et leur caractère incomplet quelque fois, il faut remarquer le manque de lisibilité qu’ont une grande partie des producteurs. Ils sont ainsi pour la plupart dans une « gestion » (technique, salariale, commerciale, juridico légale) à court terme de leur exploitation. Cette situation ne permet que très peu voire pas de lisibilité sur l’avenir. Elle souligne d’autant plus le rôle du CoReSEL dans cette gestion de l’activité salicole sur le moyen et long terme. Ce rôle se concrétise par la mise en place d’outils individuels et personnalisés à chaque producteur d’une part et collectifs d’autre part (au sein des coopératives et au sein du CoReSEL qui regroupe, dans une relation partenariale, coopératives et organisme d’appui).

Le premier cycle de formation « approche de la comptabilité et de la gestion »

Cadre et objectifs :

Dès les premiers entretiens, des lacunes voire la quasi-inexistence d’outils comptables et de gestion ont étés constatés chez les producteurs tuléarois.

Les objectifs de ce premier cycle étaient :

  • d’évaluer le niveau des membres des coopératives
  • de leur fournir les premières bases
  • de les sensibiliser individuellement et collectivement à l’utilisation systématique d’outils comptables.

En outre ce premier cycle lançait la phase d’appui socio-organisationnel et permettait d’avoir une première vision des capacités et des volontés de formation au sein de la filière.

Dans l’optique de la collaboration entre les coopératives et l’organisme d’appui au niveau de la gestion du CoReSEL, il semble en effet pertinent de vérifier les compétences individuelles en présence (et leurs implications dans chaque exploitation) Ensuite sera mis en place un travail basé sur les outils de gestion des coopératives en elles-mêmes et in-extenso sur la gestion collective du CoReSEL.

Moyens et déroulement :

  • Les séances de formation ont étés dirigées par Mr RAKOTONINDRIANA Armand, responsable administratif et financier de TransMad’ Développement. Leur préparation a été assurée en coordination avec le conseiller administratif et commercial du CoReSEL afin que la formation ait un côté pratique et directement applicable et utilisable pour les bénéficiaires.
  • Il a été distribué aux personnes présentes un cahier leur permettant de capitaliser les apports fournis lors des cycles de formation actuels et futurs. Cet outil permet également à l’équipe projet d’effectuer un suivi personnalisé.

3 séances de formation de 3 heures se sont déroulées :

    • Le 29 avril a été l’occasion de présenter le cycle de formation, de fournir une vision globale de la comptabilité et de l’apport de l’utilisation de ses outils dans le quotidien d’une exploitation salicole. Cette séance a été le lieu d’un premier exemple généraliste d’utilisation des outils comptables puis d’un échange autour des problèmes rencontrés par les producteurs de sel.
    • Lors de la seconde séance du 2 mai, un exercice a été proposé aux participants. Il s’agissait de remplir un journal de caisse (explicité dans la première séance) suivant les informations contenues dans un cas pratique basé sur un mois « type » d’activité dans une exploitation moyenne.
    • La dernière séance (5 mai) a permis la correction commune de l’exercice proposé quelques jours avant sur le journal de caisse, une présentation du journal de stocks ainsi qu’une évaluation de ce premier cycle de formation, suivi d’un échange informel sur les attentes des participants. 

 Conclusion / analyse de ce premier cycle :

  • Mobilisation des producteurs

La première séance a été suivie par 22 bénéficiaires, la seconde 16 et la troisième par 12. Ces chiffres sont assez satisfaisants, les producteurs ayant été beaucoup sollicités dans cette période. L’effritement entre la première et la seconde est légitime :

    • certains ne souhaitent pas tout simplement se former ou ont un comportement « zapping »
    • d’autres bénéficient déjà des bases en comptabilité (cela ne veut pas pour autant dire qu’ils les utilisent dans la gestion de leur exploitation).
    • un noyau d’une dizaine de personnes motivées s’est constitué de fait regroupant les personnes souhaitant se remettre à niveau et celles, débutantes, souhaitant profiter de ce premier cycle de formation.
    • des producteurs ne disposent tout simplement pas des bases en écriture et en calcul pour suivre la formation. Il a été alors mis en place un appui personnalisé et un transfert du poste gestion de leur exploitation à un membre de leur famille.
  • Degrés de satisfaction des bénéficiaires

Les bénéficiaires de la formation ont rempli un questionnaire anonyme d’évaluation. Il en ressort qu’ils ont trouvé les séances de formation accessibles et en phase avec leurs attentes et leur activité. Tous les interrogés ont affirmé qu’ils réutiliseront le journal de caisse (appris lors de cette première formation). Cet élément de réutilisation et d’application des outils fournis reste à vérifier par le biais de cycles futurs.
Des demandes sur des outils comptables précis (bilan, compte de résultat, rapprochement bancaire) ont été formulées. La prochaine session, prévu à la fin du mois de juin, répondra en partie à ces attentes.

Ce premier cycle de formation a donc permis d’évaluer le niveau global afin de travailler sur des appuis plus personnalisés, de jauger le degré de motivation des producteurs mais il a surtout été le moyen pour une dizaine d’entre eux d’être sensibilisés et formés à la comptabilité. Il se dégage en effet de ces premières séances que ce type de formation intéresse les producteurs tuléarois et il est souhaitable et envisageable que la prochaine session puisse rassembler plus de bénéficiaires (de par un niveau plus homogène et du fait que cette formation ait révélée un besoin chez les acteurs de la filière).
En outre ces séances se sont déroulées dans une ambiance conviviale et studieuse de formation pour adulte voire d’auto-formation dans certains cas. L’apport de Armand Rakotonandriana a été indéniable, de par ses compétences, sa pédagogie et sa proximité avec les producteurs. Ces points légitiment l’organisme d’appui dans sa fonction formatrice.

Présentation des actions prévues

Communication

Une session de rencontres est prévue pour chaque coopérative CoSaTo et CoProSeT. En effet ; il apparaît, dans les premiers temps de l’implantation du projet, que la communication entre l’équipe projet TransMad et les producteurs, par l’intermédiaire des coopératives, n’est pas optimale. En outre il semble nécessaire d’appuyer les coopératives dans la mise en place de modes et d’outils de communication interne.
Plusieurs indicateurs (absence à des rendez-vous, mauvaise voire non-transmission des informations) légitiment cet appui qui a pour objectif de faciliter les relations entre l’équipe projet et les coopératives d’une part, d’aider à la structuration interne de ces coopératives d’autre part (en évitant que les informations restent entre les mains des interlocuteurs de l’équipe projet).

Commercialisation

Afin d’envisager les échéances du mois de septembre (traitement et revente du sel sous l’égide du CoReSEL), une commission commerciale va être mise en place. Elle regroupera les producteurs des deux coopératives désireux d’échanger leurs expériences et leurs opinions. Pour l’équipe projet, il s’agira de confronter sa vision actuelle de la commercialisation avec les éléments fournis par les producteurs.
La commission commerciale aura pour objectif de travailler sur le positionnement du sel de Tuléar sur le marché malgache et d’initier une politique commerciale cohérente.

Comptabilité gestion

 Un second cycle de formation en comptabilité-gestion se déroulera dans la deuxième partie du mois de juin. Elle aura pour objectifs d’asseoir les acquis de la première session et de poursuivre le travail déjà entamé.

Identification

L’équipe projet poursuit son travail d’identification par le biais de rencontres individuelles, un dépouillement des informations recueillies ainsi que la rédaction d’un rapport sont au programme. En lien avec la constitution de la commission commerciale, un intérêt spécifique sera porté sur l’identification du cadre et des réseaux de vente du sel produit à Tuléar.

Pour Trans-Mad’Développement
Guillaume Belaud
Conseiller administratif et commercial du Co.Re.Sel