Trans-Mad' Développement
Association de solidarité internationale et
de développement culturel local


Le Comptoir régional du sel de Tuléar - La vie du projet

 
Volet commercial : mission d’identification du marché du sel dans le Grand Sud malgache (27 juillet 2006)

Suite au communiqué de février 2006 présentant la phase d’identification commerciale - « étude de marché » adaptée au contexte local, cette restitution se réfère à la seconde phase de l’identification commerciale qui s’articule autour des objectifs suivant :

-   Compléter et valider les données recueillies lors de la première phase.
-   Identifier les partenaires futurs du CoReSEL par un premier ou second contact formel (pour certains déjà rencontrés sur Tuléar). Ces partenaires sont des acteurs de la commercialisation du sel (transporteurs, grossistes, distributeurs...)
-   Obtenir les éléments nécessaires à la fixation des prix futurs de revente du sel produit à Tuléar
-   Recenser les modes de consommations du sel de Tuléar
-   Identifier les freins et envisager les politiques à engager afin de les réduire

Pour ce faire des missions sont effectuées par l’équipe commerciale du Comptoir Régional du Sel de Tuléar sur les différentes zones où le sel de Tuléar est consommé. La partie sud de la province de Tuléar étant la zone pour laquelle l’équipe projet TMD du Comptoir Régional du Sel a obtenu le moins de renseignements lors de la première phase de l’étude de marché, une mission se révélait nécessaire afin de compléter les données déjà recueillies. Cette étude a pour objet central le gros sel.

La « mission sud » s’est donc déroulée du 2 mai 2006 au 11 mai 2006 et a emprunté l’itinéraire suivant :
-   RN7 de Tuléar à Andranovory
-   RN10 d’Andranovory à Fort-Dauphin (Taolagnaro)
-   RN13 d’Ambovombe à Ihosy

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Carte_mada_avec_trajet_mission

Les objectifs spécifiques de cette mission étaient :
-   De recenser les modes de consommation des populations rencontrées
-   D’identifier les grossistes, semi-grossistes et distributeurs de la zone
-   D’étudier les prix du producteur au consommateur
-   De rencontrer les autres productions salicoles de la zone

Les points caractéristiques de la filière sel dans le grand sud malgache seront présentés dans un premier temps puis seront illustrés par l’intermédiaire de portraits d’acteurs rencontrés lors de la mission.

L’importance des réseaux de commercialisation informels : causes et conséquences

La mission a permis de noter la prépondérance des réseaux de commercialisation informels.

En effet les faibles densités de population de cette zone (plateau Mahafaly, région Androy, sud de l’Ihorombe) entraînent une organisation commerciale très peu structurée. Ainsi le sel de Tuléar est acheminé sur les zones de consommation par des collecteurs informels qui effectuent la plupart du temps cette activité de manière complémentaire. La demande étant faible sur la zone étudiée, la revente du sel ne révèle pas particulièrement d’intérêt.

C’est seulement dans la région Anosy, disposant d’une densité de population plus importante que l’on peut retrouver un schéma de commercialisation plus classique articulé autour de grossistes notables effectuant des commandes de sel relativement importantes (autour de 20 tonnes par mois) puis revendant ce produit vers les marchés urbains (Amboasary, Fort-Dauphin) et ruraux. Qui plus est l’état des infrastructures routières limite le développement des échanges commerciaux.
La piste reliant Tsihombe à Ambovombe - 16 ko
La piste reliant Tsihombe à Ambovombe
 
Il faut 30 heures au minimum, en saison sèche, pour un camion afin d’effectuer le trajet entre Tuléar et Fort-Dauphin (600 km). Le coût du transport est d’autant plus élevé que le carburant est cher : le prix d’un litre de gasoil est supérieur à un euro. Les conséquences sur les prix de ces paramètres ne sont pas négligeables : pour faire transiter un kilo de marchandise entre Tuléar et Fort-Dauphin, il faut débourser plus de 100 Ariary soit quasiment 40 euros par tonnes.

Compte tenu de ces paramètres le prix du sel, entre son lieu de production (Tuléar) et son lieu de revente, est rapidement multiplié par 2 à 4 suivant la distance parcouru au niveau du circuit de revente. Pour ce qui est des prix consommateurs, ils sont multipliés par 5 à 10 suivant la saison, en effet la saison des pluies engendre un blocage des axes de communication routier se répercutant par une crise du sel faisant grimper les prix.

Les marchés et des épis bars : lieux primordiaux d’étude de consommation

Les entretiens menés par l’équipe du Comptoir Régional du Sel de Tuléar ont permis d’identifier les modes de consommation et les critères d’achat du sel.

Le sel est disponible sur les marchés et dans les épis bars. Les populations achètent le sel lors des jours de marchés (une fois par semaine).
 
Le marché d’Ampanihy - 33.3 ko
Le marché d’Ampanihy
Ces marchés sont approvisionnés par les collecteurs acheminant le sel à partir de Tuléar. Il n’existe pas ou peu de stock de sel dans les localités rencontrés. Est également disponible du sel quotidiennement, vendu au kapoke ou au kilogramme par des femmes. Cette vente constitue un complément de revenu.

Le prix du sel est le critère de choix n°1. La dureté des conditions de vie sur la zone étudiée ainsi que la cherté des produits renvoient le critère qualitatif à un niveau secondaire. On peut donc rencontrer la qualité la plus médiocre du sel produit à Tuléar sur les marchés de la zone : sel sale, sac usagés...

En outre lors de la mission, il n’a pas été observé de mode de consommation particulier du sel suivant l’appartenance ethnique ou autre.

L’achat de sel se fait donc hebdomadairement lors du marché. En complément les épis bars disposent de sel broyé (en sachet de 200 grammes) avec des prix oscillant entre 150 Ariary (pour une ville comme Betioky par exemple) à 200 Ariary (à Fort Dauphin). Cette différence de prix s’explique par les coûts de transport explicités plus haut.

La présence de zones de production salicole

La mission a permis de recenser 4 autres zones de production salicole : Tongobory, Androka, Ihodo et Anony. Il a été possible d’effectuer une rapide identification technique pour Tongobory et Ihodo ainsi qu’une prise de renseignements sur l’organisation des exploitants et leur fonctionnement commercial.

A Tongobory est produit du sel gemme. Les producteurs sont au nombre d’une centaine et produisent à hauteur d’un sac de 50kg par semaine en moyenne. Ils sont regroupés au sein d’une association, l’équipe mission n’a pas pu s’entretenir avec les responsables de cette organisation à cause d’impératifs temporels. L’iodation est effectuée par l’intermédiaire du chef fokontany de la zone accompagné par le président de l’association de producteurs. Cette iodation est manuelle. L’iode est entreposé à l’hôpital de Tongobory.

A proximité de Tsihombe se trouve le lac salé d’Ihodo permettant à environ 80 familles Antandroy de disposer d’un complément de revenu grâce au sel produit. Toutefois depuis le passage de 2 cyclones successifs, il n’y a pas eu de production. Ce stand-by risque de perdurer pendant encore 2 ans. L’équipe mission a recueilli des informations relatives au fonctionnement de ces producteurs avant l’arrêt de la production. Ils sont regroupés au sein d’une association (nous n’avons pu nous entretenir qu’avec des membres, le président étant parti chercher de l’eau).

Echange avec des producteurs au lac salé d’Ihodo -  Androy - 34.4 ko
Echange avec des producteurs au lac salé d’Ihodo - Androy

Le sel produit est stocké dans un magasin de stockage financé par le FID, les productions annuelles pouvant osciller entre 600 et 1200 tonnes.

Une partie de la production est réservée à la consommation des producteurs (actuellement vu l’absence de production, ils sont obligés « de s’acheter » le kapoke à 100 Ariary). Toutefois la majeure partie de la production est revendue à des collecteurs de Fort-Dauphin. En cas d’absence de collecteurs, le sel est amené sur les marchés de la zone (Tsihombe, Ambovombe, Amboasary, Fort Dauphin) par un producteur qui endosse le rôle de collecteur local.

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Mme Edwine, propriétaire d’un épi bar à Vatolatsaka

Propriétaire d’un épi bar, Mme Edwine profite de rares et peu fréquents voyages à Tuléar pour acheter une faible quantité de sel ensuite revendu dans sa boutique pour dépanner la population (achetant du gros sel lors des jours de marché habituellement). La quantité de sel que Mme Edwine achète est très faible : à peine 2 sacs. Toutefois elle propose à ses clients du sel fin acheté chez les grossistes indiens à Tuléar.

Ce fut le premier entretien de la mission, il donna directement la tonalité de la plupart des échanges futurs : des gens très étonnés qu’un vezo (ethnie de Tuléar d’où est originaire Jacques), un vazaha (terme employé à Mada pour désigné les étrangers), un merina (ethnie des hauts plateaux d’où vient N’Jaka) viennent à leur rencontre afin de les questionner sur le sel !

Toutefois nous avions pris soin d’articuler (et d’adapter suivant les contextes) un argumentaire autour des points suivants :
-   L’installation d’une structure d’achat et de revente du gros sel iodé et fluoré produit à Tuléar dénommée « Comptoir Régional du Sel »
-   La communication sur les bienfaits sanitaire du sel iodé et fluoré
-   Le relevé des informations sur l’état actuel du marché
-   Les potentialités d’une collaboration future

« Mama be », vendeuse de sel sur le marché d’Ampanihy

Après être arrivés à la tombée de la nuit à Ampanihy, nous consacrâmes les premiers moments du second jour de mission à une visite du marché et à la recherche du « filon » sel à Ampanihy. Un tour rapide du marché nous fit rencontrer celle que nous appelerons ici familièrement« Mama Be » (Grand-mère). Voici reconstitué son petit business autour du sel :

Elle habite Ampanihy et se rend à Tuléar une à deux fois par an et encore cette fréquence est incertaine. Un voyage à Tuléar lui permet de ramener 5 sacs. Lors de son dernier voyage elle avait acheté le sac de 60 kg de gros sel 2000 Ariary au bazar scama, le transport en taxi-brousse lui coûte 2000 Ariary par sac (le trajet Ampanihy - Toliara vaut, quant à lui, 12000 Ariary par personne). Elle revend le sel par kapoke de 350 grammes au prix de 50 Ariary le kapoke

"Mama Be", vendeuse de sel au marché d’Ampanihy

Ainsi le sac et le transport lui reviennent à 4000 Ariary, elle revend à peu près 160 kapoke par sac à 50 Ariary soit un chiffre d’affaire de 8000 Ariary. Le bénéfice est alors de 4000 Ariary par sac (8000 - 4000) soit moins de 2 euros !

Mr Albertin, transporteur entre Tuléar et Fort-Dauphin (Taolagnaro)

A Ampanihy nous rencontrâmes également Mr Albertin. Connu de l’équipe du CoReSEL depuis les débuts du projet car étant producteur de sel jusqu’à il y a peu, il a réorienté ses activités sur le transport. Nous fîmes le trajet entre Ampanihy et Ambondro en sa compagnie.

Albertin aime la route qui relie Tuléar à Fort Dauphin, c’est comme « son terrain de jeu ».Il nous raconta les particularités de la route, ses dangers... Récemment son camion avait été cambriolé lors d’une pause nocturne. Avaient été volés 10 sacs de riz pour une valeur marchande de 420 000 Ariary. Il nous expliqua les caractéristiques de la revente du sel de Tuléar dans le Grand Sud et ses particularités : l’informalité totale de ce « business », le coté complémentaire du transport du sel dans une cargaison... Les chauffeurs ont en effet l’habitude, s’il leur reste un peu de place dans leur camion, de combler ce vide par l’intermédiaire de quelques sacs de sels qui leur permettront d’avoir un petit bonus financier et qui seront revendus au hasard d’une demande. Albertin souri quand nous lu expliquâmes que nous voulions rencontrer des collecteurs. Au fur et à mesure de la mission nous avons compris que ce type d’acteur brillait par sa faculté à ce rendre invisible !

Mr Hussen, grossiste à Fort-Dauphin

Au bout de 4 jours de piste, d’entretiens, d’ « akoho sauce » (poulet sauce), d’ « hena omby sauce » (viande de zébu sauce) avalés en 5 minutes dans des hotely gasy (petits restaurants se situant au stationnement taxi-brousse des bourgades traversées), Fort-Dauphin apparut au bout de la route, coincée entre les montagnes et l’Océan Indien. Depuis Tuléar nous cherchions désespérément à rencontrer des grossistes disposant d’une capacité commerciale conséquente. D’où le portrait de Mr Hussen, grossiste à Tanambao - Fort Dauphin.

Derrière les montagnes, Fort Dauphin - Taolagnaro - 19 ko
Derrière les montagnes, Fort Dauphin - Taolagnaro

Assis derrière bureau, Mr Hussen qui fait partie de la communauté indienne, (appelés « karane » à Madagascar, mot arabe signifiant commerçant, en raison de leur main-mise sur le commerce dans beaucoup de ville), surveille les transactions se réalisant dans son magasin de gros. Il nous accueille cordialement et réponds à nos questions avec courtoisie. Toutefois nous avons conscience de la différence entre ses propos et la réalité de son activité dans le commerce du sel. Celui-ci nous affirme en effet qu’il n’achète ni ne revends plus de sel. Un rapide tour sur le marché nous appris que 50% du marché du sel en gros est contrôlé par Mr Houssen...

Mr Aubin, semi-grossiste à Beraketa

Sur la route vers le nord nous sommes remontés par Beraketa qui signifie beaucoup de raketa, plante omniprésente dans cette région Androy, zone aride, dure, où rien ne pousse...à part des raketa.
Des
Des "raketa" - en rouge le fruit consommé par les populations locales
Un petit tour autour de la place du marché et des grains de sel nous firent remonter au stock de Mr Aubin situé à dans son magasin où nous entamâmes notre entretien.
Stock de sel à Beraketa - 28.5 ko
Stock de sel à Beraketa
 

Mr Aubin nous fit un cour magistral sur les problèmes du sel de Tuléar. Nous avons, à maintes fois, eu envie d’écourter son monologue, en effet arrivés à la fin de la mission, fatigués, nous étions pressés d’arriver à Betroka avant la nuit. Avec politesse nous l’avons écouté et pris les renseignements nécessaires sur sa situation assez particulière. Mr Aubin achète du sel une fois tous les mois et demi à Tuléar. Cet achat est effectué à tour de role à ses deux cousins, producteurs mais en conflit ouvert (opposition connue du milieu du sel à Tuléar ville) afin de n’offusquer ni l’un ni l’autre. Mr Aubin était ravi de notre visite et de l’implantation future du CoReSEL qui lui permettra de sortir de cette situation peu confortable par la mise en place d’un point de vente unique et des avantages en découlant : contrôle de la qualité, stabilité des prix, vente d’un sel iodé et fluoré selon les normes en vigueur...

Plus d’infos dans le rapport d’activités du 3ème trimestre

Pour Trans-Mad’Développement,

Guillaume Belaud Conseiller administratif et commercial du Co.Re.SEL

 

Documents joints

La piste reliant Tsihombe à Ambovombe

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Le marché d’Ampanihy

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Echange avec des producteurs au lac salé d’Ihodo - Androy

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Derrière les montagnes, Fort Dauphin - Taolagnaro

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Des "raketa" - en rouge le fruit consommé par les populations locales

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Stock de sel à Beraketa

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"Mama Be", vendeuse de sel au marché d’Ampanihy

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Carte_mada_avec_trajet_mission

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